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Le volcan Irazú

IMG hero (Nano Banana) : sommet du volcan Irazu au Costa Rica, vaste étendue de cendre grise lunaire, bord du cratère principal, ciel pâle d'altitude, lumière froide du petit matin

En bref

Le vent m'a cueilli avant même que j'aie refermé la portière. Un matin de novembre, le parking encore à moitié vide, et ce froid sec qui n'avait rien à voir avec le Costa Rica que je trimballais dans ma tête depuis des jours. J'avais quitté la vallée de Cartago une heure plus tôt en tee-shirt. Là-haut, je grelottais, les mains dans les poches, le nez qui coulait, et devant moi s'étalait un décor de cendre grise à perte de vue. On m'avait prévenu que l'Irazú ne ressemblait à rien d'autre dans le pays. Je n'y croyais qu'à moitié.

C'est le point culminant des volcans accessibles du Costa Rica, et ça se sent dans les jambes autant que dans les poumons. Le sommet flirte avec les 3 400 mètres. À cette altitude, la lumière est plus dure, l'air plus mince, et le paysage prend des allures de fin du monde. J'ai fait le Poás quelques jours avant, tout en vert humide et vapeurs. L'Irazú, c'est l'inverse. Sec, minéral, presque hostile. Et pourtant je suis reparti avec l'envie d'y retourner.

Le toit gris du pays

Ce qui frappe d'abord, c'est le silence. Pas d'oiseaux, pas d'insectes, à peine le grondement du vent quand il s'engouffre dans les creux. Le sol est couvert d'une poussière volcanique claire, presque blanche par endroits, striée de traces d'anciennes coulées. Quelques touffes d'herbe rase s'accrochent, rien de plus. Les gens comparent l'endroit à la Lune, et je trouvais ça facile jusqu'à ce que je marche dessus. La comparaison tient. On avance sur une matière qui crisse, on lève les yeux, et il n'y a plus de repère familier. Juste du gris, du ciel, et le froid. J'ai mis un moment à réaliser à quel point cette absence de vie tranchait avec la jungle bruyante des jours précédents. Ici, tout se tait, et ce silence pèse d'une drôle de façon, presque solennelle.

L'Irazú a plusieurs cratères, mais celui qui retient tout le monde, c'est le principal. Un immense entonnoir aux parois abruptes, dont on fait le tour par un sentier bien tracé. Au fond, quand la chance est là, dort un petit lac. Sa couleur bouge selon les saisons et la pluie, du vert acide au jaune trouble, parfois presque disparu en fin de saison sèche. Le jour où j'y étais, il tirait sur le vert amande, immobile, cerné de roche ocre. J'ai croisé un couple de Ticos qui venait chaque année et qui m'a juré ne jamais avoir vu deux fois la même teinte. Je les crois.

Le cratère principal, un matin où les nuages avaient tardé · IMG : cratère volcanique de l'Irazu vu du bord du sentier, parois de roche grise et ocre, petit lac vert-jaune au fond, ciel pâle d'altitude

Un géant qui a déjà secoué la vallée

Ce calme minéral cache une histoire agitée. L'Irazú n'est pas un volcan éteint, juste assoupi, et la région se souvient de ses colères. Dans les années soixante, une longue période d'éruptions a saupoudré toute la vallée centrale de cendres, jusque sur les toits de San José. Un vieux monsieur rencontré à Cartago m'a raconté qu'enfant il balayait la poussière grise devant la maison chaque matin, comme d'autres balaient la neige. Ça donne une idée de la portée de la bête.

Aujourd'hui il dort, surveillé de près, et on monte sans crainte. Mais marcher au bord du cratère avec cette image en tête change le regard. Le sol qu'on foule n'est pas décoratif. C'est de la matière recrachée, refroidie, redevenue paysage. J'aime ces endroits qui rappellent, sans en faire des tonnes, que la terre travaille encore sous nos pieds. L'Irazú fait partie de ceux-là. On le sent dans le silence, justement, comme une respiration retenue.

La vue sur deux océans, si le ciel veut bien

On vous vendra l'Irazú comme l'endroit d'où l'on voit le Pacifique et les Caraïbes en même temps. C'est vrai. C'est aussi rarissime. Il faut un ciel parfaitement dégagé, en général tôt le matin et surtout en pleine saison sèche, et même là beaucoup repartent sans l'avoir vu. Moi, je n'ai pas eu les deux océans. J'ai eu un versant caraïbe qui s'ouvrait quelques minutes, une trouée bleutée au loin, puis les nuages ont refermé le rideau. Je ne me suis pas senti volé pour autant.

Ce que je retiens surtout, c'est la vue sur la vallée centrale quand elle se dégage. On domine tout. Cartago à ses pieds, San José plus loin dans la brume, les cônes des autres volcans qui pointent à l'horizon. Si vous rêviez de la fameuse photo des deux mers, gardez-la comme un bonus improbable, pas comme la raison de monter. Le décor du cratère vaut le déplacement à lui seul. J'ai passé un bon moment simplement assis sur une pierre, à regarder les nuages courir en contrebas et à écouter le vent. Il y a des paysages qui n'ont pas besoin de record pour marquer. Celui-là en fait partie.

J'ai attendu les deux océans pendant une demi-heure, gelé jusqu'aux os. Je suis reparti avec un seul, et le souvenir intact.Rémi Ballester

La course contre les nuages

Voilà la vraie règle du jeu, celle que personne ne devrait ignorer. Sur l'Irazú, tout se joue le matin. Très tôt. Les nuages remontent des vallées à mesure que le soleil chauffe, et vers le milieu de la matinée le sommet disparaît souvent dans une purée blanche où l'on ne voit plus le bord du cratère. J'étais à l'entrée à l'ouverture, et j'ai bien fait. Deux heures plus tard, en redescendant, j'ai croisé des voitures qui montaient dans le brouillard. Ils allaient trouver du gris sur du gris. Le genre de déception qui se joue à une heure de sommeil, et personne ne prévient assez fort. Quitte à me lever avant l'aube en vacances, autant que ça serve.

Pour dormir près du départ, Cartago est la base logique, et j'y étais la veille. La route grimpe ensuite régulièrement, en bon état, à travers des champs de pommes de terre et d'oignons qui donnent au coin des airs de montagne européenne. Ce détail m'a désarçonné. On roule au Costa Rica et on croirait par moments l'Auvergne. Si vous calez votre passage sur la saison sèche, entre décembre et avril, vous multipliez vos chances de ciel clair. Pour affiner ça, mon papier sur le meilleur moment pour partir au Costa Rica détaille les nuances région par région, parce que la haute vallée ne vit pas au même rythme que la côte.

La route qui grimpe entre les champs, juste avant l'entrée du parc · IMG : route de montagne au Costa Rica bordée de champs de pommes de terre et d'oignons, versant du volcan Irazu dans la brume matinale, lumière rasante

Froid, vent, et la leçon des couches

Je le répète parce que je me suis planté et que ça a failli gâcher ma visite. Il fait froid là-haut. Vraiment froid, avec un vent qui coupe et une humidité qui traverse. On oublie vite qu'on est sous les tropiques. Le matin, le thermomètre peut flirter avec les quelques degrés, et le ressenti tombe bien plus bas dès qu'on marche sur les crêtes exposées. J'avais un coupe-vent et un pull dans le sac, sans plus, et j'ai regretté de ne pas avoir pris un bonnet. Une écharpe roulée m'a sauvé les oreilles. Un thermos de café chaud, pris à Cartago avant de monter, m'a fait plus de bien ce matin-là que n'importe quel panorama. Je le note pour vous.

Prenez de quoi vous couvrir en couches, une veste qui coupe le vent, et de bonnes chaussures parce que le sol volcanique glisse par endroits. L'altitude peut aussi surprendre les organismes sensibles, surtout si vous montez direct depuis la côte. Rien de dramatique pour la plupart des gens, un léger essoufflement, parfois un mal de tête. Si vous avez un doute côté santé, mieux vaut en parler à un professionnel avant le départ plutôt qu'à un blog. Pour la logistique, monter à l'Irazú avec sa propre voiture change tout, et je détaille pourquoi dans mon guide sur la location de voiture au Costa Rica. Le bus existe mais vous enchaîne à des horaires qui vous font rater le seul bon créneau, celui du petit matin.

Visiter l'Irazú sans se faire piéger

Voici ce que j'aurais aimé avoir sous les yeux avant de partir. Rien de figé, la montagne fait ce qu'elle veut, mais ça donne le cadre.

RepèreCe que j'en ai retenu
AccèsEn voiture depuis Cartago, une bonne route qui grimpe entre les champs. Comptez large sur le temps, la pente ralentit.
Altitude & froidAutour de 3 400 m au sommet. Il fait froid et venteux, souvent bien plus qu'on ne l'imagine. Couches, coupe-vent, bonnet.
Meilleur momentÀ l'ouverture, le plus tôt possible. Après le milieu de matinée, les nuages avalent le cratère. Saison sèche pour le ciel clair.
Le cratèreL'entonnoir principal et son lac dont la couleur change, du vert au jaune, parfois presque à sec. C'est le clou de la visite.
Les deux océansPossible par ciel parfait, mais rare. À espérer sans compter dessus. La vue sur la vallée suffit déjà.
À combinerCartago et sa basilique, puis la vallée d'Orosi. De quoi remplir une belle journée en boucle.

Redescendre, et prolonger la journée

Le bon plan, c'est de faire l'Irazú en tête de journée puis de laisser la vallée vous ralentir. En redescendant sur Cartago, arrêtez-vous à la basilique Nuestra Señora de los Ángeles. C'est le grand lieu de pèlerinage du pays, et même sans fibre religieuse on entre, on regarde, on écoute. J'y suis resté un moment sur un banc, à me réchauffer, à observer les gens venir déposer leurs offrandes. Après le vent glacé du sommet, ce calme faisait du bien.

De là, la vallée d'Orosi n'est pas loin, et c'est un tout autre Costa Rica. Vert, doux, ondulé de plantations. Les caféiers y poussent à flanc de coteau et le paysage se réchauffe à mesure qu'on descend. Si le café vous intrigue, c'est un coin idéal pour comprendre d'où vient la tasse du matin, et j'en parle plus longuement dans mon article sur le café costaricien. On y trouve des fermes qui ouvrent leurs portes, une odeur de grain torréfié qui traîne dans l'air, et cette lenteur qui manque parfois au reste du voyage.

Si vous logez côté capitale, l'Irazú se fait très bien en aller-retour dans la journée, et ça complète bien un séjour urbain. J'ai rassemblé mes impressions sur la ville dans mon guide de San José, qui sert de camp de base commode pour rayonner vers les volcans. Et si vous hésitez encore entre les deux géants proches, mon retour sur le volcan Poás vous aidera à trancher. Les deux se ressemblent sur le papier et se ressentent de façon totalement différente. Le Poás fume et gronde, l'Irazú se tait et gèle. Moi, si je ne devais en garder qu'un pour le décor pur, je crois que je choisirais le silence gris de l'Irazú. Mais je vous laisse juger sur place.

Teste-toi

Pourquoi vaut-il mieux monter à l'Irazú très tôt le matin ?

Questions fréquentes

Oui, mais c'est rarissime. Il faut un ciel parfaitement dégagé, en général tôt le matin en saison sèche, et beaucoup repartent sans l'avoir vu. Espérez-le comme un bonus, pas comme la raison de monter.

Oui, et ça surprend sous les tropiques. Le matin, le thermomètre peut flirter avec quelques degrés, avec un vent qui coupe. J'ai regretté de ne pas avoir pris de bonnet. Prévoyez des couches et un coupe-vent.

Le plus simple reste la voiture, par une bonne route qui grimpe depuis Cartago entre les champs. Ça se fait en aller-retour dans la journée. Le bus existe mais ses horaires vous font souvent rater le seul bon créneau du matin.

En redescendant, la basilique de Cartago vaut l'arrêt, puis la vallée d'Orosi, plus verte et douce, avec ses plantations de café. De quoi remplir une belle journée en boucle après le froid du sommet.