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Le volcan Poás

IMG hero (Nano Banana) : bord du cratère du volcan Poás au petit matin, lac acide turquoise fumant au fond, vapeurs de soufre montant contre une paroi grise, brume qui commence à s'accrocher aux crêtes, lumière froide et rasante

En bref

Il faisait un froid de canard quand j'ai coupé le moteur sur le parking du Poás. Six heures et quelques, un matin de novembre, la brume collée aux vitres et cette odeur de terre mouillée qui monte dès qu'on ouvre la portière. J'avais enfilé un pull et une veste, et j'ai bien fait. Les gens débarquent souvent ici en tongs, persuadés qu'au Costa Rica il fait chaud partout. En haut d'un volcan qui frôle les deux mille cinq cents mètres, non. Ça pique.

Le Poás, c'est un des rares cratères actifs qu'on peut aller voir sans trois jours de marche dans les jambes. Tu te gares, tu suis un sentier bétonné pendant dix minutes, et tu tombes sur un trou géant qui fume. Presque trop simple. Et pourtant, ce matin-là, j'ai poireauté quarante minutes devant un mur de nuages blancs avant d'apercevoir quoi que ce soit.

Un cratère qu'on atteint sans se battre

Ce qui m'a frappé la première fois, c'est la facilité d'accès. Depuis San José, comptez à peu près deux heures de route. Tu montes, tu montes encore, tu traverses des villages où les gens vendent des fraises et du fromage frais sur le bord de la chaussée, et la température dégringole au fur et à mesure. La route est bonne dans l'ensemble, mais elle serpente et les derniers kilomètres se font dans les nuages. J'avais loué une petite voiture et ça suffisait largement ; pas besoin d'un 4x4 pour ce coin-là, contrairement à d'autres endroits du pays. Si vous hésitez encore sur ce mode de transport, j'en parle plus longuement dans mon retour sur la location de voiture au Costa Rica.

Le parc a été aménagé pour recevoir du monde. Parking, centre d'accueil, sanitaires, une petite boutique. Du belvédère principal, le sentier est court et plat, accessible même avec des enfants qui traînent les pieds. C'est ce qui rend le Poás si populaire : pour beaucoup de voyageurs, c'est le premier volcan actif de leur vie, et ils y arrivent sans avoir sué une goutte. Moi qui aime les longues marches, j'ai d'abord trouvé ça un peu facile. Puis j'ai vu le cratère, et j'ai fermé ma bouche.

La route qui grimpe dans les nuages avant le sommet · IMG : route de montagne sinueuse au petit matin traversant une forêt d'altitude noyée dans la brume, gouttes sur le pare-brise, végétation dense et humide de part et d'autre, lumière grise et douce

Le lac turquoise qui fume au fond du trou

Le cratère du Poás est immense. Une gueule ouverte dans la montagne, des parois grises striées de coulées, et tout au fond un lac d'un vert-bleu laiteux qui n'a rien de naturel à l'œil. Cette eau est acide, très acide, et elle fume en permanence. Des colonnes de vapeur montent de la surface et des flancs, portées par le vent, et parfois ça sent le soufre à plein nez, cette odeur d'œuf pourri qu'on n'oublie pas. Quand j'y suis retourné une deuxième fois, deux ans plus tard, le lac avait changé de teinte et de niveau. Un volcan vivant, ça bouge tout le temps.

Il y a quelque chose d'hypnotique à regarder ce chaudron. Tu sais que sous tes pieds, la Terre respire. Les gardiens du parc gardent un œil sur les capteurs, et le site a déjà connu des épisodes plus musclés qui l'ont fermé un moment. On sent bien qu'on n'est pas devant une carte postale figée mais devant un truc qui pourrait se réveiller. C'est aussi pour ça qu'on vient.

Un frère plus vert, l'Irazú

Si le Poás vous plaît, l'autre géant accessible depuis la capitale vaut aussi le déplacement. Le volcan Irazú joue dans un registre différent, plus lunaire, avec ses propres humeurs et son propre lac de cratère. Beaucoup de voyageurs enchaînent les deux sur un séjour dans la vallée centrale, un jour chacun, et repartent avec deux ambiances qui n'ont rien à voir.

Deux pas de plus, la lagune oubliée

La plupart des gens repartent une fois le cratère principal coché, et ils passent à côté d'un coin que j'aime encore plus. Depuis le belvédère, un second sentier grimpe à travers une forêt rabougrie, une de ces forêts d'altitude où les arbres restent petits, tordus, couverts de mousse et de lichen à cause du vent et du froid permanents. On marche dans une lumière verte et cotonneuse, l'humidité perle partout, les oiseaux s'appellent sans qu'on les voie. En une vingtaine de minutes de montée tranquille, on débouche sur la Laguna Botos.

C'est un ancien cratère éteint, rempli d'eau de pluie, tout l'inverse du chaudron fumant d'à côté. Là, silence complet. Un lac vert sombre, immobile, cerné de végétation trempée, sans une vapeur, sans une odeur de soufre. Le contraste entre les deux cratères, à quelques centaines de mètres l'un de l'autre, résume assez bien le Poás : la Terre qui gronde d'un côté, la Terre qui s'est endormie de l'autre. Si vous avez une demi-heure de plus et de bonnes chaussures, ne zappez pas ce détour. C'est souvent là que la foule s'évapore et qu'on retrouve un peu de calme.

Réserver, patienter, parfois porter un casque

Voilà le point que personne ne devrait zapper : la réservation en ligne est obligatoire. Pas de guichet à l'entrée pour les têtes en l'air, pas de plan B si vous vous pointez sans billet. Vous choisissez un créneau horaire à l'avance, et le nombre de visiteurs par créneau est plafonné. J'ai croisé un couple de Français qui l'avait appris à leurs dépens, refoulés poliment à la barrière un matin où ils avaient improvisé. Prenez vos places quelques jours avant, surtout en pleine saison touristique.

Le créneau, ça veut dire aussi qu'on ne reste pas des heures accoudé au bord du gouffre. Le temps sur le belvédère est compté, une vingtaine de minutes selon les consignes du jour. Et selon l'activité du volcan, on vous remet parfois un casque à l'entrée. La première fois, ça surprend. Puis on comprend : les gaz et les projections, ça ne se négocie pas. Si les capteurs s'affolent, le parc ferme, point. Une fermeture de dernière minute fait partie du jeu, et râler n'y changera rien.

Un petit détail qui m'a bien aidé : gardez votre confirmation et une pièce d'identité à portée de main, parce qu'on vous les demande à la barrière. Et calez votre réveil sur le trajet, pas seulement sur l'heure du créneau. Entre la route sinueuse, un arrêt pipi et le temps de garer la voiture, on grignote vite une demi-heure sans s'en rendre compte. La première fois, j'ai visé trop juste et j'ai fini par courir sur le sentier, poumons en feu à cette altitude, pour ne pas manquer ma fenêtre. La deuxième fois, j'étais devant la grille bien avant l'ouverture, tranquille, thermos de café à la main. Beaucoup mieux.

J'ai eu trente secondes. Le rideau blanc s'est déchiré, le lac turquoise est apparu tout au fond, et puis la brume a tout ravalé. Trente secondes valent bien un réveil à cinq heures.Rémi Ballester

La course contre la brume

C'est le vrai enjeu de la journée, et j'insiste parce que je me suis planté la première fois. Le cratère se dégage surtout tôt le matin. Passé dix ou onze heures, les nuages montent des vallées et s'accrochent au sommet, et vous vous retrouvez à fixer un mur de coton là où devrait s'ouvrir le gouffre. Ce n'est pas une malchance ponctuelle, c'est la mécanique quasi quotidienne de la montagne. L'humidité grimpe avec le soleil, elle se condense, et hop, plus rien.

Alors on vise le premier créneau, quitte à mettre le réveil avant l'aube et à rouler dans le noir. Et même là, aucune garantie. Le cratère peut rester bouché une heure puis se découvrir d'un coup pendant une poignée de secondes avant de disparaître. Tout le monde sur le belvédère attend le même moment, appareil photo prêt, et quand la trouée arrive, c'est un murmure collectif. Un matin, j'ai attendu, attendu, et j'allais renoncer quand le vent a tourné. Le voile s'est ouvert. J'ai vu le lac. Puis plus rien. Ça a suffi à faire ma journée. Pour caler tout ça avec la météo des régions, jetez un œil à mes notes sur quand partir au Costa Rica, parce que la saison change beaucoup les chances de ciel dégagé là-haut.

La trouée dans les nuages, l'instant qu'on guette tous · IMG : belvédère du cratère du Poás avec quelques visiteurs emmitouflés de dos, une déchirure dans la brume révélant le lac acide turquoise fumant au fond du cratère, vapeurs de soufre, ambiance froide et humide

Froid, pluie, et de quoi remplir la matinée autour

Répétons-le parce que ça gâche des visites : là-haut, il fait froid et il pleut souvent. On est loin de l'image tropicale du pays. J'ai vu des gens claquer des dents en short, transis, pressés de redescendre. Une veste, de quoi se couvrir, éventuellement un coupe-vent imperméable, et vous profiterez au lieu de subir. La pluie fine peut tomber d'un coup, la visibilité chute, et le vent ajoute sa part de fraîcheur. Pensez aussi à l'altitude : on grimpe vite, et certains sentent un léger essoufflement ou une petite tête qui tourne sur le sentier. Rien de méchant en général, mais on y va doucement, on respire, on ne sprinte pas vers le belvédère. Si vous êtes sensible, votre médecin saura vous dire quoi surveiller avant le départ ; moi je me contente de ralentir le pas et de boire de l'eau.

Comme le cratère se boucle vite, autant remplir la matinée. Les cascades de La Paz sont sur la route du retour, une succession de chutes dans une forêt bien verte, très photogénique. Et surtout, les hauteurs autour d'Alajuela sont un pays de café. Les fincas s'accrochent aux pentes volcaniques et beaucoup se visitent, du grain à la tasse. Redescendre du volcan pour aller sentir le café qui torréfie, c'est un contraste que j'adore. Si le sujet vous parle, j'ai raconté cette culture ailleurs, dans mon papier sur le café du Costa Rica, une des grandes fiertés ticas.

Le bon plan, pour moi, tient en une phrase : le cratère au réveil, une finca et une cascade ensuite, retour à San José avant la nuit. Une journée pleine, variée, sans se presser.

Mes repères pratiques pour la visite

Voici, en un coup d'œil, ce que j'aurais aimé qu'on me dise avant de monter la première fois. Rien de gravé dans le marbre, l'activité du volcan et la météo commandent, mais ça donne le cadre.

SujetMon conseil vécu
Horaire d'arrivéeLe tout premier créneau du matin, avant que les nuages montent des vallées
RéservationEn ligne et obligatoire, à prendre quelques jours avant en haute saison
Sur le belvédèreTemps limité, une vingtaine de minutes ; casque parfois remis à l'entrée
Météo et habitsFroid et pluie fréquents ; veste et coupe-vent, oubliez les tongs
FermeturesPossibles à tout moment selon les gaz et les secousses ; acceptez l'aléa
À combinerCascades de La Paz et fincas de café des hauteurs d'Alajuela
Accès en voitureDeux heures environ depuis San José, route sinueuse, pas besoin de 4x4

Le Poás m'a appris une chose sur les volcans du Costa Rica : ils ne se donnent pas sur commande. Tu fais tout bien, tu te lèves à l'aube, tu réserves, tu te couvres, et la montagne décide quand même si elle t'ouvre sa porte. C'est frustrant et c'est magnifique à la fois. Quand la trouée arrive, tu comprends pourquoi tu as roulé dans le noir. Et quand elle ne vient pas, tu redescends boire un café brûlant en te disant que tu reviendras. Pura vida, cette patience-là.

Teste-toi

À quelle heure vaut-il mieux se présenter au cratère du Poás ?

Questions fréquentes

Oui, la réservation en ligne est obligatoire et il n'y a pas de guichet à l'entrée pour les retardataires. Vous choisissez un créneau horaire, et le nombre de places par créneau est limité, donc mieux vaut s'y prendre quelques jours avant, surtout en haute saison.

Le temps sur le belvédère est court, souvent une vingtaine de minutes selon les consignes du jour. Le sentier depuis le parking est très rapide, dix à quinze minutes de marche facile. En comptant la route et une balade annexe, prévoyez quand même la matinée.

L'activité du volcan est surveillée en permanence et le site ferme dès qu'un pic de gaz ou une secousse l'exige. On vous remet parfois un casque à l'entrée. Tant que le parc est ouvert, la visite reste encadrée ; il faut juste accepter qu'une fermeture de dernière minute est possible.

Les cascades de La Paz sont sur la route, et les hauteurs autour d'Alajuela sont couvertes de plantations de café qui se visitent. C'est une belle combinaison : le cratère au réveil, une finca et une cascade ensuite, retour à San José avant la nuit.