
Nature & aventure · Faune
Observer les baleines au Costa Rica
En bref
- Le Costa Rica reçoit des baleines à bosse des deux hémisphères, ce qui étale les passages sur une grande partie de l'année au lieu d'une seule fenêtre.
- Le parc Marino Ballena, à Uvita, reste le point de rendez-vous le plus connu, avec son festival des baleines quand la saison bat son plein.
- Le golfe Dulce, la péninsule d'Osa et Bahía Drake offrent des eaux plus calmes et des sorties souvent moins bondées.
- Une sortie honnête garde ses distances, coupe les gaz près des animaux, et vous croiserez presque toujours des dauphins en prime.
Le premier souffle, je l'ai raté. Tout le monde à bord s'est tourné vers la droite et moi je fixais l'écume au mauvais endroit, l'appareil photo réglé sur rien du tout. Puis j'ai entendu le bruit avant de voir quoi que ce soit, ce jet grave et mouillé qui monte de la mer comme un soupir de géant, à quelques centaines de mètres au large d'Uvita. Une colonne de vapeur, un dos noir et luisant qui roule lentement, et déjà l'animal replonge. Le temps de comprendre, il n'y avait plus qu'un rond d'eau plate qui s'élargissait sur la houle.
J'étais venu au Costa Rica pour les volcans et la boue des parcs, pas pour ça. Les baleines, c'était presque un hasard de calendrier. Et pourtant c'est un des rares matins de voyage que je pourrais raconter minute par minute. Voilà pourquoi je vous en parle, sans vous promettre un spectacle garanti que personne ne peut garantir.
Un carrefour entre deux hémisphères
Ce qui rend ce petit pays si particulier pour les baleines à bosse, c'est une histoire de géographie et de calendrier. La côte Pacifique reçoit deux populations différentes, qui n'arrivent pas au même moment. Celles de l'hémisphère nord descendent chercher des eaux tièdes autour de notre hiver, disons de la fin d'année au printemps. Celles de l'hémisphère sud remontent depuis l'Antarctique et passent une bonne partie du milieu d'année, en gros de juillet à l'automne. Deux flux, deux saisons, un même bout de côte.
Résultat, la fenêtre d'observation s'étale sur beaucoup plus de mois qu'ailleurs. Je ne vais pas vous donner de dates gravées dans le marbre, parce qu'on me les a présentées différemment à chaque capitaine. Les animaux suivent l'eau, la nourriture, leur humeur du moment. Ce qui revient toujours, c'est cette idée de deux passages plutôt qu'un seul. Si vous calez votre voyage sur la seconde vague, celle venue du sud, vous mettez les chances de votre côté, c'est en tout cas la période qu'on m'a le plus vantée sur place. Pour croiser ça avec la pluie et vos autres envies, jetez un oeil à ce que raconte notre page sur le meilleur moment pour partir avant de bloquer vos billets.
Uvita et le parc Marino Ballena
Si vous ne deviez retenir qu'un nom, ce serait celui-là. Le parc marin Ballena, juste devant Uvita, sur la côte sud du Pacifique. Le clin d'oeil de la nature, c'est cette langue de sable qui dessine une queue de baleine à marée basse, la Cola de la Ballena, qu'on va photographier au coucher du soleil comme un rituel. Le nom du parc date d'avant qu'on comprenne à quel point l'endroit collait bien aux animaux qu'il abrite. Une coïncidence heureuse.
C'est de là que partent la plupart des sorties. Le village vit tranquille, un peu étiré le long de la route, avec ses sodas où on avale un casado avant d'embarquer et ses agences qui affichent les horaires de marée. Quand la saison bat son plein, Uvita organise son festival des baleines, plusieurs jours de sorties en mer, de stands et d'ambiance de fête autour de ces passages. Je n'y étais pas au bon moment, mais on m'en a parlé les yeux brillants, alors je vous le signale.
Un conseil que je me donne à moi-même chaque fois : partez tôt. La mer du matin est plus lisse, le vent se lève souvent l'après-midi et la houle rend l'attente pénible. Et l'attente, il y en a. On coupe le moteur, on scrute, on parle à voix basse sans trop savoir pourquoi. C'est une chasse au trésor où le trésor décide s'il veut se montrer.
Le détail qui reste, pour moi, c'est le silence entre deux souffles. On croit que voir une baleine, c'est du spectacle plein les yeux. En vrai, c'est surtout écouter. Le clapot contre la coque, le moteur qui ronronne au ralenti, quelqu'un qui chuchote allá, là-bas, et ce bruit d'expiration qui traverse l'eau et vous cueille avant même que vous ayez repéré l'animal. On tend l'oreille autant que le regard. Et quand ça monte, tout le bateau se fige d'un coup, comme si on retenait notre propre souffle pour ne pas casser le sien.
Descendre vers le golfe Dulce et Osa
Uvita n'a pas le monopole. Plus au sud, tout le grand cul-de-sac sauvage de la péninsule d'Osa et du golfe Dulce reçoit lui aussi ces visiteuses. L'eau y est différente, plus abritée, presque un lac géant fermé par les terres. Les baleines à bosse aiment ces baies calmes pour mettre bas et laisser grandir les petits les premières semaines. On y voit parfois des mères et leur baleineau qui traînent près de la surface, sans hâte.
De l'autre côté du golfe, Bahía Drake fait un très bon camp de base pour ça. On arrive souvent à ce village par la mer, en bateau depuis Sierpe, et déjà cette traversée met dans l'ambiance. Les sorties partent d'ici vers le large et vers l'île du Caño. J'ai trouvé l'endroit plus sauvage, moins organisé qu'Uvita, avec ce petit supplément d'aventure qui me plaît. En contrepartie, il faut accepter la route, ou plutôt l'absence de route, et un rythme qui se règle sur les marées et les bateaux.
Ce que j'aime dans ce coin, c'est qu'on ne vient pas que pour les baleines. La forêt tombe droit dans la mer, les aras rouges passent en criant au-dessus des cocotiers, et la même sortie peut vous montrer une tortue qui pointe le nez ou un banc de raies qui file sous la coque. On part chercher un animal et on rentre avec un carnet plein d'autres. Ça désamorce la déception les jours sans, et il y a des jours sans.
Ce que j'emporte, ce que je laisse au sec
Rien de compliqué, mais j'ai appris à mes dépens. De la crème solaire mise avant de partir, pas sur le bateau où le vent l'emporte, une casquette qui tient sur la tête et une petite laine, parce que le vent du large refroidit même sous les tropiques. Une bouteille d'eau. Et surtout, tout ce qui craint l'eau enfermé dans un sac étanche ou un sachet zippé, parce que les embruns arrosent le pont dès qu'on prend un peu de vitesse.
Côté photo, j'ai fini par lâcher prise. J'ai passé ma première sortie l'oeil collé au viseur à rater tous les vrais moments, à jurer parce que la baleine plongeait pile quand je faisais le point. La deuxième, j'ai posé l'appareil et j'ai regardé. Meilleure décision du voyage. Si vous tenez à ramener des images, réglez tout à l'avance, gardez un cadre large et acceptez que la mémoire fera le reste mieux que le capteur. Des jumelles rendent plus service qu'un gros téléobjectif, franchement, pour suivre un dos qui roule à trois cents mètres.
Quand et où tenter sa chance
Voici comment je résume les choses dans ma tête, sans en faire une science exacte. Les périodes restent des tendances, jamais des garanties, et je préfère vous le répéter une fois de trop.
| Zone | Saison approximative | Ce qu'on croise | Ambiance |
|---|---|---|---|
| Marino Ballena (Uvita) | Passage nord vers l'hiver, passage sud au milieu d'année | Baleines à bosse, dauphins tachetés fréquents | Accès facile, festival en pleine saison, plus de monde |
| Golfe Dulce | Surtout la vague venue du sud | Mères et baleineaux près de la surface | Eaux abritées, sorties plus calmes |
| Bahía Drake / Caño | Deux passages selon les années | Baleines, dauphins, parfois raies et tortues | Sauvage, un peu d'aventure pour y aller |
| Dominical et alentours | Cale sur la saison d'Uvita voisine | Baleines au large, dauphins | Ambiance surf, sorties depuis les villages proches |
Vous verrez que Dominical revient dans le tableau. C'est le voisin surfeur d'Uvita, à quelques minutes de route, et pas mal de gens y logent avant de descendre embarquer. Deux villages, une même baie ouverte sur les mêmes eaux.
Une sortie qui respecte les animaux
Là-dessus je suis devenu un peu tatillon, à force. Une baleine, ce n'est pas un manège. Une sortie honnête garde ses distances, approche doucement, coupe les gaz quand l'animal est proche et ne lui coupe jamais la route. Le bon capitaine attend, il ne poursuit pas. Sur mon premier bateau, le patron a carrément reculé quand une mère et son petit se sont rapprochés d'eux-mêmes, et il nous a fait signe de baisser la voix. Ça m'a plus impressionné que le saut qui a suivi.
Posez les questions avant de payer. Combien de personnes à bord, gilets, taille de l'embarcation, distance tenue avec les animaux. Un opérateur sérieux répond sans se vexer. Fuyez qui vous promet un contact rapproché ou un saut garanti, parce que ni l'un ni l'autre ne se commandent, et parce que courir après une baleine, c'est déjà la déranger.
On ne va pas voir les baleines. On va sur l'eau, et parfois elles nous font l'honneur de passer. La nuance change tout.Rémi Ballester
Un mot sur le corps, parce que personne ne le dit assez. Quand le moteur se tait et qu'on reste sur place à guetter, le bateau danse sur la houle et l'estomac suit. J'ai vu des voisins verdir en dix minutes. Je prends quelque chose avant de monter, je garde les yeux sur l'horizon et je reste debout sur le pont plutôt que tassé à l'intérieur. Si vous êtes sensible au mal de mer, parlez-en à un professionnel de santé avant, ne bricolez pas au dernier moment sur le ponton.
Et si ce sont les dauphins qui volent la vedette
Il faut le dire, parce que ça arrive tout le temps. Même les jours où les baleines jouent les timides, les dauphins tachetés débarquent par bancs entiers et se collent à l'étrave. Ils surfent la vague du bateau, roulent sur le flanc pour vous regarder, disparaissent et reviennent. Un matin où on n'a pas vu une seule baleine, on a passé une demi-heure escortés par une centaine de dauphins, et personne à bord ne s'est plaint. Ça compte comme une victoire, franchement.
C'est la leçon que je ramène de ces sorties. On monte pour un animal précis et la mer nous en offre un autre, ou rien du tout, et il faut apprendre à aimer ça. Le vrai luxe, ce n'est pas de cocher la baleine sur une liste. C'est cette heure passée à ne rien faire d'autre que scruter l'eau, la nuque tendue, le coeur qui bondit à chaque reflet suspect. Le souffle qui finit par monter à l'horizon, alors, on l'a vraiment mérité.
Alors oui, allez-y. Choisissez votre coin, réservez une sortie qui traite les animaux avec égard, partez tôt, avalez votre remède contre la nausée. Et acceptez de rentrer parfois les mains vides, parce que c'est le prix d'un spectacle que personne ne met en cage. Le mien, ce dos noir qui roule et disparaît, je l'ai toujours en tête. Pura vida, on dit ici, et pour une fois l'expression tombe juste.
Teste-toi
Pourquoi peut-on voir des baleines à bosse une bonne partie de l'année au Costa Rica ?
Questions fréquentes
Il y a deux fenêtres, une plutôt en hiver de notre côté du globe et une plus longue au milieu de l'année pour les baleines venues du sud. La seconde est souvent la plus généreuse, mais je me méfie des promesses : la mer décide.
Non, et méfiez-vous de qui vous le jure. En pleine saison mes sorties ont presque toujours donné quelque chose, mais j'ai aussi passé deux heures à ne voir que des dauphins. Ce qui n'est déjà pas rien.
Marino Ballena côté Uvita est le plus simple d'accès et le plus animé. Le golfe Dulce et Drake demandent un peu plus de route ou de bateau, mais l'eau y est plus abritée et les sorties moins chargées.
Ça peut. La houle du Pacifique remue quand on coupe le moteur pour attendre. J'avale quelque chose avant de monter, je fixe l'horizon, je reste sur le pont. Parlez-en à un professionnel de santé si vous y êtes sensible.