Régions & destinations · Pacifique sud

Uvita et le parc Marino Ballena

IMG hero (Nano Banana) : vue aérienne de la queue de baleine de sable d'Uvita à marée basse, banc de sable en forme de nageoire caudale reliant la plage au récif, océan Pacifique turquoise de part et d'autre, jungle verte de la Costa Ballena en arrière-plan, lumière de fin d'après-midi

En bref

Je suis descendue à Uvita un peu par hasard, pour couper la route entre Manuel Antonio et le sud du Pacifique. Il était midi passé, la chaleur collait à la peau, et je cherchais surtout un casado et un coin d'ombre. Une tica de la soda m'a dit de revenir vers seize heures, quand la mer se retire. J'y suis retournée. À marée basse, le sable avait dessiné une longue pointe qui filait droit vers l'océan, la forme exacte d'une queue de baleine. J'ai marché dessus, pieds nus, l'eau tiède de chaque côté. Je ne suis plus vraiment repartie.

On appelle cette région la Costa Ballena, la côte de la baleine, et le nom n'est pas volé. Ici le Pacifique change de caractère. Plus vert, plus humide, plus calme que le nord du Guanacaste. Les villages tiennent en trois rues, la jungle descend jusqu'au sable, et les baleines à bosse passent au large deux fois par an. Uvita, c'est la porte d'entrée de ce sud-là. Un peu sauvage, encore, malgré les nouveaux cafés et les panneaux immobiliers.

La queue de baleine, une affaire de marées

Le fameux Whale's Tail, la queue de baleine, est un banc de sable en forme de nageoire caudale qui relie la plage à un récif, au bout du parc Marino Ballena. Vu du ciel, c'est saisissant, ça ressemble vraiment à une baleine qui plonge. Depuis le sol on ne devine pas la silhouette, mais on la vit autrement. On marche au milieu de l'océan, sur une bande de sable dur, avec de l'eau à droite et de l'eau à gauche qui se rejoignent quelques mètres devant.

Tout dépend de la marée. À marée haute, la pointe disparaît sous l'eau et il n'y a plus rien à voir. À marée basse, elle se découvre entièrement et on peut aller jusqu'aux rochers du bout. Le premier jour je m'étais trompée d'horaire, j'ai trouvé une plage normale et je suis repartie déçue. Le lendemain j'ai vérifié la table des marées le matin au petit-déjeuner, et j'y suis allée deux heures avant la basse pour avoir le temps. Ça change tout. Vérifiez, vraiment, sinon vous passez à côté de la seule chose que tout le monde vient voir.

Comment lire l'heure de la marée

Les gardiens du parc à l'entrée donnent les horaires du jour, et à peu près tous les hébergements les affichent quelque part. Prévoyez large. La marée descend, puis remonte, et l'eau revient plus vite qu'on ne croit. J'ai vu des gens partir loin sur la pointe et devoir traverser à mi-cuisse au retour, avec les tongs à la main et l'air pas rassuré. Rien de grave, mais on se sent bête. Un chapeau, de l'eau, des sandales qui tiennent aux pieds, et on est tranquille.

Seize heures, la mer se retire et la pointe apparaît · IMG : vue aérienne du banc de sable en forme de queue de baleine à Uvita, marée basse, deux plages qui se rejoignent, océan Pacifique turquoise, jungle en arrière-plan

Le parc national Marino Ballena

La queue de sable fait partie du parc national marin Marino Ballena, une bande protégée qui couvre surtout de l'océan, avec quelques kilomètres de plages sombres bordées de cocotiers et de forêt. On paie une petite entrée à l'un des quatre accès, et on entre presque directement dans un décor sans construction, ce qui devient rare sur cette côte. J'ai adoré marcher là au petit matin, avant la chaleur, quand le sable est encore lisse et que les crabes filent dans leurs trous.

Le récif au bout de la pointe abrite du corail et pas mal de poissons. À marée basse on peut mettre un masque et regarder, mais l'eau est souvent trouble après les pluies et le courant se lève vite. Je me suis contentée de barboter près des rochers, sans m'éloigner. Pour le snorkeling sérieux, les bateaux partent plutôt vers l'Isla del Caño, plus au sud, au large de la péninsule. Ici, l'attraction reste la marche sur la nageoire de sable et l'immensité vide de la plage.

Le parc se découpe en quatre secteurs de plage, chacun avec son ambiance. Playa Uvita mène à la pointe de sable, c'est la plus fréquentée. Playa Colonia est plus abritée, presque une piscine à marée basse, parfaite pour se baigner sans lutter contre les vagues. Plus au sud, Playa Ballena et Playa Piñuela restent souvent désertes en semaine, avec leurs rochers et leurs cocotiers penchés. J'ai passé une matinée entière à Colonia sans croiser plus de dix personnes, à ramasser des coquillages et à regarder les pélicans.

Le souffle au large, la saison des baleines

Un matin, sur un bateau parti du petit port, j'ai entendu avant de voir. Un souffle, comme une grosse expiration mouillée, à une trentaine de mètres. Puis un dos noir et luisant a roulé à la surface, sans se presser. Une baleine à bosse et son petit. Le capitaine a coupé le moteur, on est restés là, à écouter. Ça ne dure jamais longtemps et pourtant je repense encore à ce bruit-là.

Uvita est un des meilleurs endroits du pays pour ça, parce que deux populations de baleines à bosse se croisent dans la baie. Celles de l'hémisphère nord passent plutôt entre décembre et avril, celles du sud entre juillet et octobre, avec un beau pic vers septembre. Le village organise même une fête de la baleine en septembre. Je raconte les saisons plus en détail dans mon article sur l'observation des baleines au Costa Rica, mais l'idée à retenir, c'est qu'on ne vient pas au hasard. Regardez le calendrier avant de réserver une sortie, sinon la mer sera juste jolie et vide.

Le souffle d'une baleine à bosse, c'est un bruit qu'on n'oublie pas. On l'entend avant de la voir, et d'un coup l'océan cesse d'être un décor.Manon Estibal

Sur ces sorties, on ne voit pas que des baleines. Des dauphins tachetés viennent souvent jouer dans le sillage, par groupes entiers, et il arrive d'apercevoir des tortues ou une raie qui saute. Un jour on a longé une petite île couverte d'oiseaux, avec des frégates au gosier rouge qui planaient au-dessus du bateau. Même sans baleine, la mer d'ici est vivante.

Un conseil que je répète volontiers : choisissez un bateau qui garde ses distances et coupe le moteur. Les bons capitaines connaissent les règles d'approche et ne collent pas les animaux. Si le vôtre fonce, dites-le. J'ai vu des sorties respectueuses et d'autres beaucoup moins, et ça change tout, pour vous comme pour les baleines.

Le dos d'une bosse qui roule à la surface, moteur coupé · IMG : baleine à bosse et son baleineau à la surface de l'océan Pacifique près d'Uvita, petit bateau d'observation à distance, lumière du matin, collines vertes au loin

La cascade d'Uvita, la douche d'après-plage

À quelques minutes en voiture dans les terres, la cascade d'Uvita tombe dans un bassin où les ticos viennent se baigner le week-end. Rien de spectaculaire en hauteur, mais l'eau est fraîche et il y a même un toboggan naturel dans la roche, glissant à souhait. Je m'y suis assise un après-midi, après une matinée de sel et de soleil, et l'eau douce sur la peau brûlée par le sel, c'est un petit bonheur simple.

On y accède par un sentier court et raide, un peu boueux après la pluie. J'avais mes tongs, mauvaise idée, j'ai fini pieds nus sur les pierres. Prenez des chaussures qui accrochent. L'entrée est modeste et gérée par la communauté du coin, ce que j'ai trouvé plutôt sympathique. En semaine et tôt le matin, on a presque le bassin pour soi.

Quand et comment profiter d'Uvita

Uvita se vit au rythme de deux calendriers qui ne se superposent pas toujours, la marée pour la pointe de sable et la saison pour les baleines. Voici comment je m'y retrouve, pour caler une visite sans repartir frustrée.

Ce qu'on vient chercherMeilleur momentÀ vérifier avant
Marcher sur la queue de baleineAutour de la marée basse, arriver 1 à 2 h avantLa table des marées du jour (donnée à l'entrée du parc)
Voir les baleines à bosse (sud)Juillet à octobre, pic vers septembreRéserver une sortie bateau matinale, mer plus calme
Voir les baleines à bosse (nord)Décembre à avrilSorties parfois annulées si houle forte
La cascade et son tobogganTôt le matin ou en semaineChaussures qui accrochent, sentier boueux
Plage calme et snorkeling légerSaison sèche, décembre à avrilEau plus claire, moins de pluie l'après-midi

La saison sèche, grosso modo de décembre à avril, donne des après-midis plus fiables et une mer plus lisible. La saison verte a son charme, une jungle éclatante et moins de monde, mais des averses costaudes en fin de journée et une eau plus trouble. Si vous hésitez sur la période, j'en parle plus largement dans mon guide pour choisir quand partir au Costa Rica, parce que le sud Pacifique ne se lit pas comme le nord.

Une base pour le sud, le vrai

Ce que j'aime à Uvita, c'est sa position. On est assez au sud pour que la foule s'éclaircisse, et assez central pour rayonner. Juste au nord, Dominical et ses vagues attirent les surfeurs et une petite communauté un brin bohème, avec des sodas les pieds dans le sable. J'y filais le matin pour le café et l'ambiance, avant de rentrer déjeuner tranquille.

Plus au nord encore, Manuel Antonio concentre les singes, les paresseux et beaucoup, beaucoup de visiteurs. Après le calme d'Uvita, le contraste surprend. Et si vous voulez pousser vers le bout du monde, la route continue vers le sud et la péninsule d'Osa, avec le parc national de Corcovado, la jungle la plus dense que j'aie vue au Costa Rica. Uvita fait une belle halte avant de plonger là-dedans, le temps de souffler, de laver le sel et de regarder une dernière fois la mer se retirer.

Dormir, manger, s'organiser

Uvita s'étire le long de la route côtière, avec des hébergements dispersés dans les collines et d'autres près de la plage. En haut, on gagne la vue et un peu de fraîcheur le soir. En bas, on est à pied du parc. J'ai dormi dans une cabina modeste sur les hauteurs, réveillée par les singes hurleurs à l'aube, ce grondement rauque qui fait croire à un orage. On s'y habitue vite, et puis ça manque après.

Côté assiette, cherchez les sodas familiales pour un casado à prix doux, riz, haricots, plantain, une viande ou du poisson, et une salade. Les prix ont monté avec la mode de la région, alors comptez large et fuyez un peu les terrasses trop léchées de la route principale. Pour se déplacer, une voiture aide beaucoup, la cascade et les plages sont éparpillées et les bus se font rares en fin de journée.

Pour venir, la plupart des voyageurs descendent de San José par la côte, en passant par Jacó puis Manuel Antonio. Comptez une bonne demi-journée de route selon les arrêts. La route est correcte et bien roulante jusqu'à Uvita, avec quelques ponts étroits et des nids-de-poule qui apparaissent après les pluies. Les bus directs existent aussi, moins souples mais économiques. J'ai fait le trajet en voiture et je ne regrette pas, on s'arrête où on veut, on pique-nique face à la mer, on repart quand ça nous chante.

Le soir, tout le monde se retrouve sur la plage pour le coucher de soleil. Le ciel du Pacifique sud prend des couleurs folles, orange, puis rose, puis violet, et la marée qui remonte efface doucement les traces de la journée sur le sable. J'y suis restée chaque soir, une bière fraîche à la main, à regarder les pélicans piquer dans l'eau. C'est peut-être ça mon meilleur souvenir d'Uvita, plus encore que la queue de baleine. Faites le plein tôt, checkez la marée, et laissez-vous porter. Pura vida, comme on dit ici pour à peu près tout.

Teste-toi

Quand peut-on marcher sur la queue de baleine de sable d'Uvita ?

Questions fréquentes

Oui, sans hésiter. À marée haute la pointe de sable est sous l'eau et il n'y a rien à voir. J'y suis allée une première fois au mauvais moment et je suis repartie déçue. Le lendemain, deux heures avant la basse, c'était magique.

Deux fenêtres : les baleines du sud passent de juillet à octobre avec un pic vers septembre, celles du nord plutôt de décembre à avril. J'ai eu ma plus belle observation en septembre, sur une sortie matinale quand la mer est calme.

Pour moi oui. On est assez au sud pour fuir la foule et bien placé pour filer à Dominical, remonter à Manuel Antonio ou pousser vers Corcovado et la péninsule d'Osa. Une voiture aide beaucoup, les sites sont éparpillés.

Si vous cherchez une baignade fraîche après la plage, oui. Elle est modeste en hauteur mais a un toboggan naturel dans la roche. Le sentier est court et glissant, prévoyez des chaussures qui accrochent plutôt que des tongs.