Nature & aventure · Parcs

Le parc national Corcovado

IMG hero (Nano Banana) : jungle tropicale primaire extrêmement dense sur la péninsule d'Osa au Costa Rica, arbres géants à contreforts, canopée fumante de brume matinale, plage sauvage du Pacifique en bordure, lumière chaude et humide, atmosphère saturée de vie

En bref

Il y a des endroits qui vous remettent à votre place, et Corcovado en fait partie. Je suis arrivé un matin de novembre par bateau, le sac déjà lourd d'humidité, la chemise collée au dos avant même d'avoir posé le pied sur le sable. On m'avait dit que c'était la jungle la plus dense du Costa Rica. Ce que personne n'avait su me faire comprendre, c'est le mur de son qui vous tombe dessus quand la lisière se referme derrière vous : insectes, oiseaux, un grondement lointain de singes hurleurs, le tout à un volume qui ne baisse jamais. J'ai compris en dix minutes que je n'allais pas visiter un parc. J'allais entrer chez quelqu'un.

Corcovado occupe une bonne partie de la péninsule d'Osa, ce doigt de terre accroché au sud-ouest du pays, tourné vers le Pacifique et longtemps oublié de tout le monde. C'est resté sauvage un peu par accident, un peu par volonté. Aujourd'hui on le décrit avec une formule que les guides répètent sans se lasser : l'endroit le plus intense biologiquement de la planète. Je me méfie des formules. Celle-là, après quelques jours sur place, j'ai fini par la trouver assez juste.

Où l'on met les pieds, exactement

Osa, ce n'est pas sur la route de personne. Il faut vraiment vouloir y aller. Depuis San José, la descente vers le sud est longue, et une fois arrivé au bord de la péninsule, il reste encore à choisir par où entrer dans le parc, ce qui n'a rien d'évident. La plupart des voyageurs passent par un petit village côtier ou par Bahía Drake, d'où partent les bateaux qui longent la côte jusqu'aux stations du parc. J'ai raconté cette approche par la mer dans mon retour sur Bahía Drake et ses bateaux qui filent le long de la jungle, parce que le trajet vaut déjà le déplacement à lui seul.

Corcovado ne se visite pas en solitaire, et ce n'est pas une recommandation, c'est la règle du parc : le guide est obligatoire pour entrer. On peut râler devant l'idée, moi le premier, j'aime bien marcher à mon rythme et me taire pendant des heures. Sur place, j'ai vite compris que sans un œil local, j'aurais traversé la forêt en aveugle. La péninsule entière mérite d'ailleurs qu'on s'y attarde plus qu'une seule journée, et j'en parle plus largement dans mon article sur la péninsule d'Osa et ses recoins, dont Corcovado n'est que le cœur battant.

L'arrivée par la mer, un matin où la jungle fumait encore de la nuit · IMG : petit bateau approchant une plage sauvage bordée d'une jungle tropicale dense et haute, brume matinale s'élevant de la canopée, sable gris, Pacifique calme, lumière douce et humide

Cette fameuse intensité biologique

La phrase qu'on entend partout, sur l'intensité biologique la plus élevée du monde, vient d'une expression employée il y a longtemps par le magazine d'une grande société de géographie. Je ne sais pas comment on mesure ça exactement, et je me garde bien de prétendre le savoir. Ce que je peux dire, c'est ce que ça donne au sol. Sur un seul kilomètre de sentier, notre guide nous a montré des choses que je n'aurais jamais vues seul : une colonne de fourmis coupeuses de feuilles traversant le chemin comme une petite armée verte, un serpent lové sous une souche à trente centimètres de l'endroit où j'allais poser la main, un paresseux si immobile dans son arbre que je l'ai pris pour un nid.

Tout pousse sur tout, tout mange tout, tout se cache. La forêt primaire de Corcovado n'a jamais été rasée, et ça se sent : les arbres montent à des hauteurs qui donnent le vertige, avec des contreforts en éventail larges comme une pièce, et la lumière n'arrive au sol qu'en taches. On marche dans une pénombre verte, moite, saturée d'odeurs de terre, de bois pourri et de fleurs qu'on ne voit pas. J'y suis allé en pensant cocher quelques animaux. J'en suis reparti avec le sentiment idiot et honnête d'avoir à peine effleuré ce qui se passait là-dedans.

On n'explore pas Corcovado, on le traverse en invité. La jungle ne se met pas en scène pour vous. Elle vaque à ses affaires, et si vous avez de la chance, elle vous laisse en apercevoir un bout.Rémi Ballester

Le guide obligatoire, et pourquoi j'ai fini par dire merci

Revenons-y, parce que c'est le premier truc qui coince pour beaucoup. Entrer dans Corcovado sans guide certifié, ce n'est pas permis, point. Au début, ça m'agaçait un peu, l'idée de payer quelqu'un pour marcher. Et puis il y a eu ce moment où notre guide s'est arrêté net, a fait signe de ne pas bouger, et a pointé le sol à quelques mètres : une vipère parfaitement fondue dans les feuilles mortes, que j'aurais écrasée sans le voir. Un autre jour, c'est son oreille qui a fait la différence, il a entendu des pécaris bien avant nous, ces cochons sauvages qui se déplacent en groupe et qu'il vaut mieux ne pas surprendre de trop près.

Un guide, ici, ce n'est pas un luxe touristique, c'est ce qui transforme une marche épuisante et aveugle en quelque chose de vivant, et accessoirement ce qui vous garde du bon côté de certaines rencontres. Sur la question plus large de marcher prudemment au Costa Rica, sans tomber dans la paranoïa non plus, j'ai rassemblé ce que j'ai appris dans mon article sur la sécurité au Costa Rica au quotidien. À Corcovado, la principale prudence, ce n'est pas les hommes, c'est la forêt elle-même et le fait de savoir humblement qu'on n'y est pas chez soi.

Par où entrer : les quatre portes du parc

C'est la partie que j'aurais aimé qu'on m'explique clairement avant, parce qu'elle change tout à l'expérience. Corcovado a plusieurs entrées, ou secteurs, et elles ne se ressemblent pas du tout. On n'y accède pas de la même façon, on n'y marche pas la même distance, et on n'y voit pas les mêmes choses. Certaines permettent de dormir dans le parc, d'autres se font à la journée. Voilà, sans prétendre à l'exhaustivité, ce que j'en ai retenu après en avoir pratiqué deux et discuté longuement des autres avec les guides.

Secteur / entréeAccèsEffortCe qu'on y voitDormir sur place ?
SirenaBateau depuis Drake, ou longue marche depuis La Leona ou Los PatosModéré une fois sur place, la station est le cœur du parcLa plus forte concentration de faune : tapirs, pécaris, singes, aras, parfois félinsOui, station avec dortoirs et repas réservables
La LeonaDepuis Carate, à pied le long de la plageSoutenu, longues portions au soleil et dépendantes des maréesAras rouges dans les amandiers de bord de mer, singes, iguanesNon pour la partie parc, hébergements à l'entrée
San PedrilloBateau depuis Drake, le plus proche au nordModéré, boucles à la journée, une cascade au boutForêt primaire dense, singes hurleurs, oiseaux, ambiance plus sauvageRarement, surtout en journée
Los PatosPar l'intérieur des terres, piste puis marcheLe plus exigeant : long, boueux, dénivelé, traversées de rivièresCœur de forêt, moins de monde, faune plus discrèteSouvent en traversée vers Sirena

Si je devais résumer mon avis, et ce n'est qu'un avis de marcheur, pas une expertise : Sirena reste l'endroit où la faune se montre le plus, La Leona offre le plus beau spectacle d'aras au-dessus de la plage, San Pedrillo est le plus simple à faire en une journée depuis Drake, et Los Patos, on le réserve à ceux qui ont les jambes et l'envie d'en baver un peu.

Un couple d'aras rouges au-dessus de la plage, du côté de La Leona · IMG : deux aras rouges éclatants en vol au-dessus d'une plage sauvage bordée de jungle, ciel tropical, arbres d'amandier de mer, lumière chaude de fin de journée, Pacifique en arrière-plan

La nuit à la station Sirena

Dormir à Sirena, au milieu du parc, c'est le genre d'expérience qui reste. La station est rustique, des dortoirs simples, des moustiquaires, un réfectoire où l'on sert un casado, ce plat tico de riz, haricots et un peu de viande ou de poisson, qui vous remet d'aplomb après une journée de marche. Pas de luxe, pas de climatisation, et honnêtement on s'en moque. Ce qui compte, c'est ce qui se passe autour dès que la lumière tombe.

La nuit venue, la jungle change de registre. Le vacarme diurne des cigales laisse place à autre chose, plus grave, plus inquiétant, des craquements, des cris qu'on ne sait pas identifier, le froissement de quelque chose qui passe tout près sans se montrer. J'ai mal dormi, à moitié à cause de la chaleur qui ne retombait pas, à moitié parce que je tendais l'oreille comme un idiot. Au petit matin, un tapir s'est présenté à la lisière de la clairière, cette grosse bête paisible au museau en trompette, si tranquille qu'elle nous a à peine regardés. J'ai posé mon café. On est restés là, plusieurs, à le regarder brouter. Personne ne parlait. Ce sont ces moments-là que je suis venu chercher, sans le savoir vraiment.

Le sac, l'humidité, et l'illusion du sec

Un mot sur le matériel, parce que je me suis fait avoir. À Corcovado, rien ne sèche. J'avais rangé mes affaires dans mon sac en pensant qu'elles y seraient à l'abri. Au bout d'une journée, tout était humide, du carnet aux chaussettes de rechange, imprégné de cette moiteur qui traverse le tissu sans qu'il pleuve. Le sac lui-même était trempé de l'intérieur. La seule chose qui a tenu au sec, c'est ce que j'avais glissé dans des sacs plastique fermés. Prévoyez ça. Doublez tout ce qui doit rester sec, appareil photo compris, et faites une croix sur l'idée de vous changer confortablement le soir.

La boue, la chaleur, les marées : l'effort est réel

Je vais être franc, parce que je déteste les récits qui donnent l'impression que tout est facile. Marcher à Corcovado, c'est dur. Pas techniquement compliqué, mais physiquement éprouvant. La chaleur est écrasante et l'humidité tourne autour de la saturation, si bien qu'on transpire sans jamais se rafraîchir. On boit énormément et on a quand même l'impression de ne pas boire assez. Les sentiers, selon la saison, virent au bourbier : de la boue collante qui aspire les chaussures, des passages où l'on avance en s'accrochant aux racines, des rivières à traverser à gué avec l'eau parfois à mi-cuisse.

Et puis il y a les marées, un détail que j'avais complètement sous-estimé. Une partie des liaisons, notamment le long de la côte vers La Leona, se fait sur la plage, et certaines sections ne passent qu'à marée basse. Se tromper d'horaire, c'est se retrouver bloqué, ou pire, coincé entre la falaise et l'eau qui monte. Les guides connaissent les tables des marées par cœur et calent la marche dessus. C'est une des mille raisons pour lesquelles on ne s'aventure pas là-dedans en amateur. Pour caler votre venue au bon moment de l'année, entre la saison sèche plus praticable et la saison verte plus boueuse mais plus vivante, jetez un œil à mes repères sur quand partir au Costa Rica selon les régions, parce qu'Osa a son propre rythme de pluies.

Un sentier de boue et de racines, quelque part entre deux rivières · IMG : sentier boueux et glissant dans une forêt tropicale primaire très dense, racines apparentes, arbres géants à contreforts, lumière verte tamisée filtrant à peine, atmosphère moite et sauvage

La faune, sans garantie et c'est très bien comme ça

On vient à Corcovado pour les animaux, alors parlons-en, mais en posant tout de suite une chose : rien n'est garanti. Ce n'est pas un zoo, la faune ne se commande pas. Cela dit, en trois jours, j'ai vu plus qu'ailleurs en trois semaines. Quatre espèces de singes, dont les capucins effrontés et les hurleurs qu'on entend avant tout le reste. Des pécaris en groupe, dont l'odeur forte annonce le passage. Des tapirs, la grande fierté du parc. Des coatis, des agoutis, des ratons laveurs de la jungle qui fouillaient les abords de la station.

Côté ciel, les aras rouges volent par paires en poussant ces cris rauques qui portent loin, et les voir passer au-dessus de la plage, tache écarlate sur le vert, ça ne s'use pas. Il y a aussi tous les discrets qu'on manque sans un guide : les serpents lovés, les grenouilles minuscules, les paresseux fondus dans le feuillage. J'ai fini par vraiment m'attacher à ces derniers, ces boules de poils au ralenti que j'ai appris à repérer, et à qui j'ai consacré tout un article sur comment observer les paresseux au Costa Rica. À Corcovado, ils sont là, quelque part au-dessus de vous, à ne rien faire avec un talent consommé.

Un point que je tiens à répéter, parce qu'il me tient à cœur : je ne suis pas naturaliste, je n'ai aucune expertise, je raconte juste ce que j'ai vu avec mes yeux d'amateur émerveillé. Ne prenez pas mes noms d'espèces pour parole d'évangile. Prenez plutôt l'idée que dans cette jungle, l'attention se rééduque, on apprend à regarder lentement, et c'est peut-être ça le vrai cadeau de l'endroit.

Réserver, anticiper, et venir humble

Dernier conseil, le plus concret. Corcovado ne s'improvise pas. Le nombre de visiteurs est limité, les guides et les stations se réservent souvent des semaines à l'avance, surtout pour une nuit à Sirena en haute saison. Débarquer sur place en espérant entrer le lendemain, c'est prendre le risque de rester à la porte. Passez par un guide ou une agence locale sérieuse, calez vos dates tôt, et acceptez que la logistique fasse partie du voyage. Je ne donne pas de prix, ça bouge tout le temps et les tarifs d'entrée ont grimpé, mais comptez large, c'est une expérience qui a un coût et qui le vaut.

Si Corcovado vous a mis l'eau à la bouche pour la nature brute du Costa Rica, sachez que le pays a d'autres rendez-vous du même genre, comme les plages où l'on veille les pontes nocturnes, dont je parle dans mon retour sur l'observation des tortues au Costa Rica. Mais Corcovado garde une place à part. C'est le seul endroit qui m'ait fait me sentir vraiment petit, un peu perdu, franchement heureux de l'être. On y va pour cocher des animaux, on en revient avec autre chose, une forme de respect qu'on ne savait pas qu'on cherchait. J'y suis entré en touriste. J'en suis sorti en invité, trempé jusqu'aux os, et déjà à moitié décidé à y retourner.

Teste-toi

Pour entrer dans le parc national Corcovado, qu'est-ce qui est obligatoire ?

Questions fréquentes

Non, le guide certifié est obligatoire pour entrer dans le parc. Au début ça m'a agacé, j'aime marcher seul et me taire. Sur place j'ai vite compris : sans son œil, j'aurais écrasé un serpent sans le voir et raté l'essentiel de la faune.

Ça dépend de ce que vous cherchez. Sirena, au cœur du parc, concentre le plus de faune et permet de dormir sur place. San Pedrillo se fait à la journée en bateau depuis Drake. La Leona offre les aras au-dessus de la plage, et Los Patos, par l'intérieur, reste la plus exigeante physiquement.

Oui, honnêtement. Rien de techniquement compliqué, mais la chaleur écrase, l'humidité sature, les sentiers virent au bourbier et il y a des rivières à traverser à gué. Certaines portions le long de la plage ne passent qu'à marée basse, d'où l'importance du guide qui connaît les horaires.

Oui, vraiment. Le nombre de visiteurs est limité et les guides comme les places à la station Sirena partent souvent des semaines à l'avance en haute saison. Débarquer en espérant entrer le lendemain, c'est risquer de rester à la porte. Calez vos dates tôt avec une agence locale sérieuse.