
Nature & aventure · Faune
Les tortues marines du Costa Rica
En bref
- Le Costa Rica se voit des deux côtés : tortues vertes à Tortuguero côté Caraïbe, olivâtres et luths sur le Pacifique nord.
- La ponte des tortues vertes à Tortuguero se joue surtout de juillet à octobre, toujours de nuit et avec un guide agréé.
- Les arribadas de tortues olivâtres à Ostional et Nancite arrivent par vagues dans la seconde moitié de l'année, sans date garantie.
- Sur place, aucune lampe blanche ni flash, on reste en retrait derrière l'animal et le silence fait partie des règles.
La première fois, je n'ai rien vu pendant une heure. On avançait à la file sur le sable noir, sans lampe, les pieds qui devinaient la pente, et le guide levait la main quand il fallait s'arrêter. Puis il y a eu ce bruit lourd, râpeux, comme un sac de sable qu'on traîne. Une carapace sortait du ressac, énorme, luisante sous le peu de lune qu'il restait. On a retenu notre souffle tous les six. Personne n'a osé chuchoter.
Voir une tortue marine pondre au Costa Rica, ce n'est pas un spectacle qu'on réserve comme une place de cinéma. C'est une attente, souvent une déception les premiers soirs, et parfois cette scène qui vous cloue sur place. J'y suis retourné plusieurs fois, sur les deux façades du pays, et je me suis planté assez souvent pour avoir deux ou trois choses à raconter.
Deux océans, deux rendez-vous
Le Costa Rica a cette chance bête d'avoir une côte Caraïbe et une côte Pacifique à quelques heures de route l'une de l'autre. Pour les tortues, ça change tout. Les espèces ne sont pas les mêmes, les saisons non plus, et l'ambiance d'une plage à l'autre n'a rien à voir. Côté Caraïbe, c'est humide, vert, sauvage, on arrive souvent en bateau. Côté Pacifique nord, c'est plus sec, plus chaud, les villages de surf ne sont jamais loin.
Ce que j'ai fini par comprendre, c'est qu'il n'existe pas une bonne saison mais plusieurs, selon ce que vous voulez voir et où. Une tortue verte à Tortuguero, une olivâtre à Ostional, une luth vers Tamarindo, ça ne se joue pas au même moment de l'année. Avant de bloquer des dates, j'irais regarder de près la question du meilleur moment pour venir au Costa Rica, parce que la pluie et la ponte suivent parfois le même calendrier.
Tortuguero, la ponte des tortues vertes dans le noir
Le nom veut dire quelque chose comme la région des tortues, et ce n'est pas volé. C'est là que j'ai vécu ma scène du début. On accède au village par la voie d'eau, à travers les canaux, et déjà ce trajet vaut le déplacement. Le soir venu, on part en petit groupe avec un guide agréé, montre bloquée, téléphone au fond du sac.
La grande affaire ici, c'est la tortue verte. Elle vient pondre de nuit, surtout de juillet à octobre, avec un pic quelque part au cœur de cette fenêtre. Le principe est simple et lent. Des repéreurs marchent la plage, cherchent une femelle déjà installée dans sa transe de ponte, puis viennent chercher les groupes pour approcher sans la déranger. On ne court pas vers une tortue qui sort de l'eau, on attend qu'elle ait commencé à creuser, parce qu'à ce moment-là elle ne s'arrêtera plus.
J'ai passé deux nuits sans rien voir de sérieux avant la bonne. Ça fait partie du jeu. La mer décide, la tortue décide, vous suivez. Quand ça marche, vous êtes à quelques mètres d'un animal qui pèse un poids de fille de ferme, qui balance le sable avec ses nageoires arrière et qui pond, indifférente à vous. On m'a raconté qu'en pleine saison certaines nuits en voient plusieurs sur la même plage. Je n'ai pas eu cette chance, une seule m'a largement suffi. Pour organiser l'approche et les nuits sur place, tout part du village de Tortuguero et de ses canaux.
Ostional et Nancite, quand elles arrivent par milliers
Changement complet de décor et de sensation. Sur le Pacifique nord, dans la péninsule de Nicoya, il se produit un phénomène que j'ai du mal à décrire sans avoir l'air d'exagérer. On appelle ça une arribada. Des tortues olivâtres, les plus petites du lot, débarquent au même moment, pas à l'unité mais par vagues entières, sur quelques jours. La plage se couvre de carapaces qui se croisent, se cognent, creusent partout.
Ostional est le site le plus connu pour ça, un peu au nord de la région des plages de surf. Nancite, plus au nord encore dans le parc de Santa Rosa, reste plus difficile d'accès et plus protégé. Les arribadas tombent souvent dans la seconde moitié de l'année, autour du dernier quartier de lune, mais personne ne vous donnera une date à l'avance. C'est là toute la frustration et tout le sel de l'affaire. J'ai croisé des voyageurs qui avaient calé une semaine sur place et rien vu, d'autres tombés dessus par pur hasard en passant par Nosara pour le surf.
Ce qui m'a marqué à Ostional, c'est autant le retour que l'arrivée. Des semaines plus tard, des milliers de bébés grattent le sable en même temps et filent vers l'écume, et là aussi les frégates et les vautours attendent leur part. On voudrait tous les sauver. On ne peut pas, et le guide vous le dit franchement, la mécanique du nombre est justement leur seule protection.
Playa Grande, la géante silencieuse
Juste au nord de Tamarindo, séparée par un estuaire plein de crocodiles, il y a Playa Grande. Le décor est celui du surf de fin de journée, mais la nuit venue la plage change de mission. C'est un site de ponte pour la tortue luth, la plus grande des tortues marines, celle qui ressemble davantage à une coque de bateau qu'à un reptile. La saison se situe plutôt dans les mois secs, grosso modo d'octobre à mars.
Je n'ai vu une luth qu'une seule fois, et l'échelle m'a désarçonné. On parle d'un animal qui fait la taille d'une petite voiture, qui remonte lentement la plage et qui met un temps fou à s'installer. Les effectifs de cette espèce ont beaucoup baissé, alors les guides encadrent tout de très près et refusent parfois d'approcher si la femelle semble hésiter. On repart bredouille et c'est très bien comme ça. La base pratique reste Tamarindo, avec ses sodas, ses écoles de surf et ses départs de sortie.
Une chose que je dis toujours à ceux qui hésitent. Une nuit tortue, ça se combine mal avec une journée molle. Vous serez debout tard, dans le noir, à marcher dans le sable mou. Prévoyez la sieste. Le lendemain, si vous cherchez du plus lent et du plus tranquille, allez plutôt observer un paresseux dans la canopée, l'animal ne vous demandera aucun effort de discrétion.
Préparer sa nuit, sans se compliquer la vie
On m'a posé mille fois la question du matériel, alors autant vider mon sac. Il n'y a presque rien à emporter, et c'est justement ça qui déroute. Des vêtements sombres et longs, contre les moustiques et la fraîcheur qui tombe vite une fois le soleil parti. Des chaussures qu'on peut mouiller, parce qu'on traverse parfois des flaques et qu'on marche dans le sable meuble pendant une heure. De l'eau, un peu de patience, et l'accord d'oublier son téléphone.
Le point le plus important tient au calendrier de la nuit elle-même. Les sorties partent après le dîner, souvent en deux créneaux, et vous ne choisissez pas votre horaire, on vous l'attribue. Une nuit sans lune vaut mieux qu'une pleine lune, la tortue se sent plus en sécurité et vous verrez tout de même sa silhouette. J'ai appris à réserver dès l'arrivée au village, pas la veille du départ, pour avoir de la marge si les premières nuits ne donnent rien. La météo joue aussi, une grosse averse annule parfois la sortie, et sur la façade Caraïbe elle n'est jamais loin.
Emmener des enfants, ou pas
Question qui revient souvent. C'est faisable, mais l'attente et le noir mettent les petits à rude épreuve, et le silence complet leur demande un effort réel. Les plus grands adorent, à condition de les prévenir qu'on peut rentrer sans rien avoir vu. J'ai croisé des familles ravies et d'autres épuisées, la différence tenait surtout à leurs attentes de départ.
Où et quand, pour se repérer
Rien de tout ça n'est garanti, je le répète, mais un tableau aide à choisir la bonne plage au bon moment. Les fenêtres se chevauchent, elles bougent d'une année sur l'autre, prenez-les comme des tendances et pas comme des horaires de train.
| Site | Façade | Espèce | Saison indicative | Moment |
|---|---|---|---|---|
| Tortuguero | Caraïbe | Tortue verte | Juillet à octobre | Nuit |
| Ostional | Pacifique nord | Tortue olivâtre (arribada) | Seconde moitié d'année | Nuit et petit matin |
| Nancite (Santa Rosa) | Pacifique nord | Tortue olivâtre (arribada) | Seconde moitié d'année | Nuit |
| Playa Grande | Pacifique nord | Tortue luth | Octobre à mars | Nuit |
| Éclosions Ostional | Pacifique nord | Nouveau-nés olivâtres | Quelques semaines après ponte | Aube et crépuscule |
Les règles, et pourquoi on les suit vraiment
Je vais être direct parce que c'est le seul point où je ne rigole pas. Sur une plage de ponte, on ne va pas seul. Le guide agréé n'est pas une formalité touristique, c'est ce qui sépare une belle nuit d'un dérangement grave pour l'animal. Dans les zones protégées, y aller sans encadrement peut d'ailleurs vous coûter cher, et surtout ça n'a aucun intérêt.
La lumière, c'est l'autre sujet. Pas de lampe blanche, pas de flash, jamais. Une femelle éblouie fait demi-tour sans pondre, et un nouveau-né désorienté part vers les lumières du bord au lieu de la mer. Les guides utilisent une petite lampe rouge, tenue vers le sol, et encore avec parcimonie. On garde ses distances, on reste derrière la tortue, hors de son champ de vision, et on ne touche à rien. Le silence n'est pas une consigne de confort, c'est de la biologie.
Ces contraintes m'ont d'abord agacé, je l'avoue. Puis j'ai compris qu'elles font partie de l'émotion. Se tenir à cinq mètres d'un animal préhistorique, dans le noir, sans photo à rapporter, oblige à regarder vraiment. Vous ne montrerez rien à personne. Vous vous en souviendrez mieux.
On ne prend aucune image, alors on prend tout dans les yeux. C'est la seule fois où j'ai été content de n'avoir pas sorti l'appareil.Rémi Ballester
La conservation, portée par les villages
Ce qui m'a le plus touché au fil des séjours, c'est que ces plages ne sont pas surveillées par des inconnus en uniforme. Ce sont souvent des gens du coin. À Tortuguero comme à Ostional, des associations locales, des étudiants en biologie et des habitants se relaient la nuit pour compter les nids, déplacer ceux qui risquent l'inondation, tenir les chiens à distance et guider les visiteurs.
À Ostional il existe même un arrangement particulier autour de la récolte encadrée des tout premiers œufs de l'arribada, ceux que les vagues suivantes détruiraient de toute façon. Le sujet fait débat, je ne vais pas trancher à leur place, mais l'idée que la communauté ait un intérêt direct à protéger la plage a l'air de fonctionner mieux que bien des interdictions venues d'ailleurs. Le tourisme des tortues, quand il est cadré, paie une partie de cette vigilance.
Alors oui, il faut réserver avec des opérateurs sérieux, respecter les quotas de visiteurs, ne pas exiger de voir à tout prix. Une nuit blanche sans tortue reste une nuit utile, vous avez payé un guide local et une plage qui tient debout. Si le budget vous inquiète, sachez que ces sorties ne coûtent pas grand-chose comparé à beaucoup d'activités du pays, comptez large mais sans vous ruiner.
Ce que je referais, ce que j'éviterais
Si je devais tout recommencer, je viserais Tortuguero pour la tortue verte, en acceptant deux ou trois nuits pour maximiser mes chances, et je garderais Ostional dans un coin de tête au cas où une arribada tomberait pendant mon passage sur le Pacifique. La luth, je la mettrais en bonus, parce que la voir tient de la loterie et que la manquer ne gâche rien.
Ce que j'éviterais, c'est de tout miser sur une seule nuit avec un planning serré derrière. Et je fuirais toute personne qui vous promet une tortue à coup sûr, avec photo souvenir en prime. Ceux-là n'ont rien compris, ni à l'animal ni à ce qui rend la scène inoubliable. Le reste, la fatigue, le sable dans les chaussures, l'heure d'attente pour rien, ça s'oublie. Le bruit de la carapace qui sort du ressac, non.
Teste-toi
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Questions fréquentes
Ça dépend de l'espèce et de la côte. Les tortues vertes à Tortuguero se voient surtout de juillet à octobre, la tortue luth vers Playa Grande plutôt d'octobre à mars, et les arribadas d'olivâtres à Ostional dans la seconde moitié de l'année. Aucune date n'est garantie.
Oui, sur les sites de ponte on ne va pas seul. Un guide agréé encadre l'approche, protège l'animal et, dans les zones protégées, c'est aussi ce qui vous évite des ennuis. Ce n'est pas une simple formalité touristique.
Non, pas de flash ni de lampe blanche. Les photos de nuit sont proscrites parce que la lumière désoriente les femelles et les bébés. On garde le téléphone au fond du sac et on regarde, tout simplement.
Non, jamais. J'ai enchaîné plusieurs nuits sans rien avant la bonne. La mer et l'animal décident. Prévoir deux ou trois nuits augmente nettement les chances, surtout à Tortuguero en pleine saison.