
Nature & aventure · Faune
Observer les paresseux au Costa Rica
En bref
- Deux espèces au Costa Rica : le paresseux à trois doigts, diurne, et le paresseux à deux doigts, plutôt nocturne.
- La côte caraïbe autour de Cahuita et Puerto Viejo reste le secteur le plus fiable, avec Manuel Antonio côté Pacifique.
- Sans guide ni longue-vue, on ne voit presque rien : le paresseux immobile se confond avec un paquet de feuilles.
- On observe à distance, on ne touche jamais et on fuit les faux refuges qui proposent des selfies avec l'animal.
Le guide a levé la main, doigt tendu vers une masse grise accrochée tout en haut d'un cecropia. J'ai mis dix bonnes secondes à comprendre que ce paquet de feuilles avait un visage. Puis la boule a bougé. Un bras s'est déplié au ralenti, une griffe a attrapé une branche, et le cou s'est tourné vers nous avec la lenteur d'une porte qui grince. Un paresseux. Le premier de mon voyage, un matin humide de novembre, sur la côte caraïbe. Et je me souviens encore de ce petit sourire idiot que j'avais sur la figure.
On vient au Costa Rica pour les volcans, la forêt, le surf. On repart souvent avec le paresseux en tête. C'est devenu la mascotte du pays, sur les tee-shirts, les aimants de frigo, les enseignes de sodas. Sauf que le vrai, l'animal, il ne ressemble pas beaucoup à la peluche. Il est plus grand, plus sale, plus lent que tout ce qu'on imagine. Et le voir demande un peu de patience, un bon guide, et l'humilité d'accepter qu'on ne repère rien tout seul les premières fois.
Deux espèces, deux rythmes de vie
J'ai mis un moment à comprendre qu'il n'y a pas un paresseux, mais deux, très différents. Le paresseux à trois doigts, celui qu'on voit sur toutes les photos, avec sa petite face qui semble sourire et son masque autour des yeux. Il sort le jour, ce qui explique pourquoi c'est lui qu'on croise le plus souvent. Il mange presque exclusivement des feuilles, il est plutôt lent même pour un paresseux, et son visage a cette expression figée qui fait fondre tout le monde.
L'autre, c'est le paresseux à deux doigts. Plus grand, le poil plus long et plus hirsute, un museau de petit cochon, pas de masque. Lui, il vit surtout la nuit. Autant dire que le croiser en balade de jour relève un peu du hasard, ou d'un guide qui connaît son arbre-dortoir. Il est aussi moins difficile côté nourriture, il grignote des feuilles mais aussi des fruits, parfois des bourgeons. Quand un guide vous dit que vous avez vu les deux dans la même journée, savourez, ça n'arrive pas si souvent.
Le truc à retenir sur le terrain, c'est ce rythme. Trois doigts, plutôt de jour. Deux doigts, plutôt de nuit. Ça oriente déjà énormément vos chances selon l'heure où vous sortez. Et une chose que les guides répètent, on croise beaucoup plus souvent des trois doigts justement parce qu'ils vivent aux mêmes heures que nous. Le deux doigts, lui, on le rate parce qu'il dort quand on le cherche.
Une image m'est restée. Une femelle trois doigts avec son petit accroché au ventre, une boule dans la boule, qui ne se distinguait presque pas d'elle. Les bébés restent des mois collés à la mère, ils apprennent quelles feuilles manger en léchant sa bouche. On est loin du dessin animé. C'est lent, c'est patient, ça se transmet dans un silence total, tout en haut d'un arbre que personne ne regarde.
Où j'ai vraiment eu mes meilleures observations
Si je devais envoyer un ami quelque part pour être à peu près sûr d'en voir, je dirais la côte caraïbe sans hésiter. Le parc national de Cahuita reste mon meilleur souvenir. Le sentier longe la mer, presque plat, et les guides postés à l'entrée passent leur journée à repérer ce que personne d'autre ne voit. J'y ai vu trois paresseux en une matinée, plus des singes hurleurs et un serpent lové que je n'aurais jamais remarqué seul.
Un peu plus au sud, autour de Puerto Viejo, c'est pareil, la forêt est dense et les paresseux nombreux. Les jardins des lodges en accueillent parfois, tranquilles, à quelques mètres des hamacs. Sur le Pacifique, le parc de Manuel Antonio concentre tellement de monde et de guides que les animaux finissent par être repérés en permanence. C'est plus touristique, plus bruyant, mais l'observation y est presque garantie. Et du côté de la région de l'Arenal, sur les ponts suspendus qui traversent la canopée, on se retrouve parfois à hauteur d'un paresseux endormi, ce qui change tout.
Il existe aussi des sanctuaires et centres de secours qui récupèrent des animaux blessés ou orphelins. Certains sont sérieux et font un vrai travail. Le paresseux qu'on y voit n'est pas dans la nature, c'est un compromis, mais pour quelqu'un qui n'a qu'une journée et qui veut comprendre l'animal, ça peut valoir le coup. Renseignez-vous sur le sérieux du lieu avant d'y aller.
Un mot sur la saison, parce qu'on me pose souvent la question. Le paresseux ne migre pas, ne disparaît pas l'hiver, il est là toute l'année. La saison des pluies rend juste les sorties plus humides et parfois plus courtes, mais la forêt est plus verte et les animaux tout aussi présents. Je dirais même que mes plus belles observations, je les ai faites sous un ciel bas, avec cette lumière douce qui gomme les ombres. Le seul vrai ennemi, c'est la grosse averse de midi qui vous cloue sous un abri.
Les repérer, ou plutôt laisser un guide les repérer
Voilà ma leçon d'humilité du voyage. Seul, je n'ai jamais rien vu. Un paresseux immobile dans la cime d'un arbre ressemble à un nid de feuilles mortes, à une termitière, à n'importe quoi de gris-brun coincé dans les branches. Le cerveau glisse dessus sans s'arrêter. Les guides, eux, cherchent la forme. Une boule un peu trop ronde, un peu trop dense, souvent dans la fourche d'un cecropia dont les feuilles claires trahissent la silhouette sombre.
Prenez un guide, vraiment. Ils ont l'oeil, ils ont la longue-vue, et ils vous la calent pile sur l'animal pour que vous voyiez la face, les griffes, parfois un bébé accroché au ventre. C'est le même monde que l'observation des oiseaux, cette histoire de patience et d'oeil entraîné. Sans lunette, vous devinez une tache. Avec, vous croisez un regard. La différence est énorme.
Un conseil de gars qui s'est cramé la nuque : levez les yeux vers la canopée, mais faites des pauses. Cherchez le contraste, la masse sombre sur le ciel clair, pas le détail. Et quand le guide montre, suivez la ligne de son bras jusqu'au bout, ne cherchez pas trop bas. C'est presque toujours plus haut qu'on ne croit.
La sortie de nuit, pour tenter le deux-doigts
Si vous voulez vraiment avoir une chance de voir un paresseux à deux doigts en activité, il faut sortir quand il se réveille. J'ai fait une balade nocturne près de Puerto Viejo, lampe frontale sur le front, à marcher lentement en balayant les branches. La forêt de nuit, c'est un autre pays, ça grésille, ça craque, des yeux brillent dans le faisceau. Le guide cherchait le reflet d'une paire d'yeux dans la canopée, cette petite lueur qui trahit un animal éveillé.
On en a vu un, finalement, en train de mâcher tranquillement une feuille, le poil ébouriffé, beaucoup moins photogénique que son cousin diurne et pourtant fascinant. Il bougeait plus qu'un trois doigts, sans jamais se presser. Ces sorties valent surtout pour l'ambiance, pour les grenouilles, les insectes géants et les serpents qu'on croise en chemin. Le paresseux, quand il est là, c'est le bonus. Mettez de bonnes chaussures, du répulsif, et laissez le guide ouvrir la marche.
Ce cou qui se tourne au ralenti vers toi, c'est le moment où tu comprends que l'animal a son propre tempo, et que le pressé, c'est toi.Rémi Ballester
Où et quand tenter sa chance
Rien n'est jamais garanti avec un animal sauvage, mais certaines combinaisons de lieu et d'heure mettent clairement les chances de votre côté. Voici ce que j'ai retenu de mes sorties, à prendre comme un repère et pas comme une promesse.
| Lieu | Espèce probable | Facilité d'observation |
|---|---|---|
| Parc de Cahuita | Trois doigts (jour) | Élevée avec un guide |
| Puerto Viejo et environs | Les deux, selon l'heure | Bonne, forêt dense |
| Manuel Antonio | Trois doigts (jour) | Très élevée mais fréquenté |
| Ponts de la région Arenal | Trois doigts, parfois deux doigts | Moyenne, hauteur de canopée |
| Sanctuaire ou centre de secours | Les deux, animaux soignés | Quasi assurée, hors nature |
Pour l'heure, le matin reste mon créneau préféré. La lumière est douce, la forêt s'active, et les guides sont frais. En fin de journée aussi, les paresseux à deux doigts commencent à s'étirer avant leur nuit. En plein cagnard de midi, tout le monde dort, vous compris.
Une lenteur qui n'est pas de la paresse
On les appelle paresseux, mais leur lenteur n'a rien de fainéant. C'est une stratégie de survie. Manger des feuilles rapporte très peu d'énergie, alors l'animal a tout ralenti, sa digestion, ses mouvements, son métabolisme. Il dort beaucoup, il bouge peu, il économise le moindre effort. Ce que j'ai trouvé fou, c'est cette histoire de descente au sol. Un paresseux ne quitte son arbre qu'environ une fois par semaine, pour faire ses besoins au pied du tronc. Un moment où il devient très vulnérable, et personne ne sait vraiment pourquoi il prend ce risque plutôt que de tout lâcher depuis la cime.
Autre détail qui m'a marqué, la couleur. De près, le poil d'un paresseux tire souvent sur le vert. Ce sont des algues qui poussent dans sa fourrure, un vrai petit écosystème avec des mites et des insectes qui vivent là-dedans. Ce vert lui sert de camouflage dans le feuillage. L'animal se fond dans son arbre au point de porter la forêt sur le dos. Quand le guide m'a expliqué ça, longue-vue calée sur un dormeur, j'ai regardé la bête autrement. Ce n'est pas une peluche, c'est une forêt miniature qui respire lentement.
Il y a même une histoire de mites qui vivent dans le poil, pondent dans les crottes du paresseux quand il descend, et nourrissent d'une certaine façon les algues qui le colorent. Tout un petit cycle bouclé sur le dos d'un animal qui bouge à peine. Le guide m'a raconté ça avec des étoiles dans les yeux, et j'ai compris pourquoi il faisait ce métier.
Autre chose qui surprend, ils règlent mal leur température. Un paresseux qui a froid digère moins bien, s'active moins, ce qui explique qu'ils aiment les journées tièdes et se calent parfois au soleil du matin, en haut d'un arbre dégagé. Ils nagent aussi, étonnamment bien, mieux qu'ils ne se déplacent au sol. Et leur cou est si souple qu'ils peuvent tourner la tête très loin sans bouger le corps. C'est ce mouvement-là, la tête qui pivote toute seule au ralenti, qui reste le plus hypnotique à regarder.
Le regarder sans lui gâcher la vie
Il faut en parler, parce que la mascotte attire aussi le pire. J'ai vu des gens tendre le bras pour toucher un paresseux à portée de main, d'autres réclamer un selfie avec l'animal posé sur l'épaule. Ne le faites pas. Un paresseux qu'on manipule stresse énormément, même s'il ne le montre pas, justement parce qu'il bouge peu et ne se débat pas. Son immobilité n'est pas du calme, c'est parfois de la peur. Le sortir de son arbre pour une photo, c'est le mettre en danger.
Un autre réflexe utile, ne jamais aider un paresseux à traverser une route en le posant dans un arbre au hasard. On croit bien faire, on le colle sur un tronc qui n'est pas le sien, et on le perd. Si vous en voyez un en difficulté au sol, la bonne réaction est d'appeler un centre local, pas de jouer les sauveteurs. Méfiez-vous aussi des faux refuges qui font poser les touristes avec des animaux dans les bras contre quelques billets. Un vrai centre de secours ne vous laissera jamais tripoter un paresseux, il vous le montrera de loin et vous expliquera pourquoi. La règle que je me suis donnée est simple, garder mes distances, ne jamais nourrir, ne jamais toucher, laisser l'animal à sa branche. On observe, on prend sa photo au zoom, et on repart en le laissant exactement là où il était.
C'est peut-être ça, le plus beau souvenir que j'en garde. Pas d'avoir touché quoi que ce soit. Juste d'être resté là, en silence, à regarder une bête tourner la tête vers moi à son propre rythme, sous la pluie fine, pendant que le guide souriait sans rien dire. Une émotion toute simple. Vous verrez, ça suffit largement.
Teste-toi
À quelle fréquence un paresseux descend-il au sol ?
Questions fréquentes
Le parc de Cahuita et les environs de Puerto Viejo, sur la côte caraïbe, sont mes valeurs sûres. Manuel Antonio, côté Pacifique, est très fréquenté mais l'observation y est quasi assurée grâce aux nombreux guides.
Franchement, oui. Seul, j'ai mis des jours sans rien repérer. Les guides connaissent les arbres, ont l'oeil pour la silhouette et calent leur longue-vue pile sur l'animal. Ça change tout.
Le trois doigts est diurne, plus petit, avec un masque autour des yeux, et mange surtout des feuilles. Le deux doigts est plus grand, hirsute, plutôt nocturne et un peu plus varié dans son alimentation.
Non. La manipulation stresse énormément l'animal même s'il ne se débat pas. Méfiez-vous des faux refuges qui proposent ce genre de selfie. On observe à distance et on ne touche jamais.