Nature & aventure · Faune

Observer le quetzal au Costa Rica

IMG hero (Nano Banana) : quetzal resplendissant mâle vert émeraude aux longues plumes caudales, perché dans un arbre de forêt de nuages, ventre rouge, lumière matinale douce, arrière-plan de feuillage humide flou

En bref

Il faisait quatre degrés dans la vallée de Savegre, et je ne sentais plus le bout de mes doigts. Le café bu à la lampe frontale n'avait pas tenu ses promesses. On était six, silencieux, à fixer un bosquet de vieux arbres pendant que le jour montait lentement derrière les crêtes. Le guide, un tico du coin qui chuchotait, a levé la main. Puis il a pointé le feuillage, tout en haut, un peu à gauche. J'ai mis un temps fou à comprendre ce que je regardais.

Et là, une traîne verte a bougé dans les branches. Deux plumes très longues, presque bleues quand la lumière passait dessus, qui pendaient sous l'oiseau comme un ruban. Le quetzal resplendissant. J'avais fait douze heures d'avion et trois heures de route de montagne pour cette silhouette de dix secondes, et franchement, ça les valait.

L'oiseau que tout le monde vient chercher

Le quetzal resplendissant, en espagnol quetzal, c'est un oiseau de la taille d'un gros merle, mais on ne le regarde pas pour sa taille. Le mâle a le corps vert émeraude qui vire au doré ou au bleu selon l'angle du soleil, le ventre rouge vif, et surtout ces plumes de couvertures caudales qui poussent au moment de la reproduction et qui dépassent parfois de plus d'un demi-mètre. Ce n'est pas la queue, techniquement, mais on s'en fiche quand on l'a devant soi. Ça flotte, ça ondule quand il vole d'un arbre à l'autre.

La femelle est plus discrète, verte aussi mais sans la longue traîne, la tête plus grise. Les deux passent beaucoup de temps immobiles, ce qui explique pourquoi on peut rester planté sous un arbre sans rien voir alors que l'oiseau est juste là. Il se fond dans le vert de la forêt de nuages. Les Mayas et les Aztèques le vénéraient, ses plumes valaient plus que l'or, et il donne encore son nom à la monnaie du Guatemala. Au Costa Rica, il est devenu une sorte de trophée d'observation, celui qu'on coche avec un sourire idiot.

La traîne qui dépasse, repérée à la jumelle depuis le sentier · IMG : quetzal resplendissant mâle perché dans un arbre de forêt de nuages, longues plumes vertes de la queue pendantes, lumière matinale douce, feuillage humide

Où je l'ai vu, et où on le voit vraiment

Le meilleur souvenir, c'est San Gerardo de Dota, une petite vallée perdue au bord de la route qui descend du Cerro de la Muerte, à environ deux heures et demie de San José. La rivière Savegre coule au fond, l'air est frais, les lodges élèvent des truites et servent le petit-déjeuner face aux mangeoires. C'est là que les guides connaissent les arbres fruitiers où les quetzals reviennent presque tous les jours en saison. On m'avait dit que c'était le spot le plus fiable du pays, et sur trois matins j'en ai vu quatre. Pas mal.

Il y a aussi le Cerro de la Muerte lui-même, ce col haut et venteux sur la route interaméricaine, où des familles ont installé des points d'observation privés le long de la chaussée. Ça manque un peu de poésie, on est au bord du bitume, mais ça marche. Et puis il y a Monteverde, la forêt de nuages la plus connue du Costa Rica. Le quetzal y vit, on le croise sur les sentiers de la réserve, mais je le trouve plus difficile à débusquer là-bas, la forêt est dense et les groupes de visiteurs nombreux. Pour l'oiseau seul, Savegre reste mon conseil. Pour tout le reste, la brume, les colibris, les ponts, Monteverde vaut évidemment le détour.

Les montagnes du sud, autour du Cerro Chirripó et du parc national Los Quetzales, abritent aussi de belles populations. C'est plus sauvage, moins organisé pour le tourisme, mais si vous randonnez déjà dans ce coin, tendez l'oreille. Le chant du quetzal, une série de notes flûtées un peu mélancoliques, porte loin dans le silence de l'aube.

Le tableau que j'aurais aimé avoir avant de partir

Voilà, en gros, comment je résumerais les endroits où tenter le coup. Les altitudes expliquent le froid, et le froid explique pourquoi il faut des couches. On est loin de l'image de carte postale des plages du Pacifique.

SiteAltitude approx.Meilleure périodeMon ressenti
San Gerardo de Dota (vallée de Savegre)2200 mfévrier à maiLe plus fiable, guides qui connaissent les arbres
Cerro de la Muerte (points au bord de route)3000 m et plusfévrier à maiEfficace mais peu sauvage, très froid
Monteverde1400 mjanvier à juilletPossible mais forêt dense, plus de monde
Parc Los Quetzales / sud (Chirripó)2600 m et plusfévrier à maiSauvage, moins balisé, pour randonneurs

Ces périodes ne sont pas gravées dans le marbre. On m'a raconté des observations en dehors, et j'ai eu des matins blancs en pleine saison. C'est un oiseau, il fait ce qu'il veut.

La brume du matin sur la vallée de Savegre, avant que le soleil ne perce · IMG : vallée de montagne du Costa Rica au lever du jour, forêt de nuages, brume dans les arbres, rivière au fond, lumière froide

La saison, et l'histoire des avocats sauvages

Si tout le monde vise février-mai, c'est pour deux raisons qui n'en font qu'une. D'abord c'est la période de reproduction, celle où le mâle porte sa longue traîne et devient beaucoup plus visible, à parader et à défendre son territoire. Ensuite, et surtout, c'est le moment où fructifient les aguacatillos, ces petits avocatiers sauvages de la famille des lauriers dont le quetzal raffole. L'oiseau gobe le fruit entier, digère la chair, recrache le noyau plus loin. Les guides de Savegre ne cherchent pas le quetzal au hasard, ils cherchent d'abord les arbres qui fruitifient, et ils attendent l'oiseau dessous.

C'est une leçon que j'ai retenue pour toute l'observation animalière au Costa Rica. On ne traque pas la bête, on repère sa nourriture et son rythme, et on se poste. Un guide qui connaît trois aguacatillos en fruit dans un rayon d'un kilomètre a déjà à moitié gagné. Sans lui, j'aurais regardé les mauvais arbres pendant des heures. Pour caler ces fenêtres avec le reste de votre voyage, jetez un œil à quand partir au Costa Rica, parce que la saison du quetzal tombe pile pendant la saison sèche, la plus agréable pour les hauts plateaux.

Un nid dans un tronc mort

Ce qui m'a le plus surpris, c'est d'apprendre où ces oiseaux nichent. Pas un nid tressé dans les branches, non. Le couple creuse ou agrandit une cavité dans un tronc mort en train de pourrir, souvent un vieux fût cassé au milieu de la forêt. Le mâle et la femelle se relaient pour couver, et le guide m'a montré un trou dans un arbre où, quelques jours plus tôt, on voyait dépasser la longue traîne du mâle pendant qu'il était à l'intérieur. Ces plumes finissent parfois abîmées, cassées à force de frotter contre le bois. Un détail qui rend l'oiseau moins carte postale, plus réel. Il vit là, il se débrouille, il use ses plumes de gala dans un tronc humide.

C'est aussi pour ça que la conservation compte. Sans vieux arbres morts sur pied, pas de nid. Sans forêt de nuages continue, pas d'aguacatillos ni de couloir pour se déplacer selon les saisons, parce que le quetzal descend en altitude une partie de l'année quand la nourriture manque en haut. Les vallées comme Savegre ont compris leur intérêt à protéger ces boisements, et le tourisme d'observation, quand il reste discret, fait partie de l'équation.

Comment j'y suis allé, concrètement

Depuis San José, on prend la route interaméricaine vers le sud, celle qui grimpe jusqu'au Cerro de la Muerte, la montagne de la mort, ainsi nommée à l'époque où les voyageurs la traversaient à pied et n'en revenaient pas toujours. Aujourd'hui c'est une route goudronnée, mais sinueuse, souvent noyée dans les nuages l'après-midi, avec des camions lents. J'ai conduit le matin pour éviter le brouillard, et l'embranchement vers San Gerardo de Dota descend brutalement à droite, une petite route en lacets qui plonge dans la vallée. Beaucoup de gens dorment sur place la veille, dans un des lodges du fond, pour être prêts à l'aube sans avoir à faire la route de nuit. C'est ce que je referais. Réserver le guide directement auprès du lodge s'est révélé simple, ils travaillent tous avec des locaux qui savent où chercher.

Le rôle du guide, que je ne vendrais à personne comme optionnel

Je suis du genre à partir seul dès que je peux, sac au dos, sans personne pour me tenir la main. Pour le quetzal, j'ai fait l'inverse et je ne le regrette pas. Un bon guide local repère la traîne dans le feuillage là où je ne vois qu'un enchevêtrement de branches. Il connaît les cris, les arbres, les horaires. Il a une longue-vue qu'il braque sur l'oiseau et qu'il vous laisse regarder, et ce moment où l'image nette apparaît dans l'oculaire, avec le rouge du ventre et le vert métallique, ça vaut tous les téléobjectifs du monde.

Le guide a chuchoté un mot, braqué sa longue-vue, et d'un coup l'oiseau était là, net, immobile, à me fixer sans savoir qu'on retenait tous notre souffle.Rémi Ballester

Se lever tôt, avoir froid, et savoir attendre

Les quetzals sont surtout actifs en début et en fin de journée. Concrètement, ça veut dire partir avant l'aube, quand la vallée est encore dans le noir et que la buée sort de la bouche. J'avais sous-estimé le froid. Les guides de plage vous diront que le Costa Rica est chaud, et c'est vrai en bas, mais à 2200 mètres au petit matin on grelotte. Prenez une polaire, un bonnet, des gants fins, une veste coupe-vent. Des chaussures qui tiennent dans la boue aussi, parce que les sentiers de forêt de nuages restent humides toute l'année.

Et puis il faut accepter de ne rien faire. Rester immobile, parler bas, écouter. J'ai vu des gens abandonner après vingt minutes et rater l'oiseau qui s'est posé cinq minutes plus tard. La patience n'est pas une vertu ici, c'est l'outil principal. Des jumelles correctes changent tout, même une paire modeste. Sans elles, vous verrez une tache verte lointaine et vous devrez croire le guide sur parole.

Pour l'appareil photo, gérez vos attentes. La lumière du sous-bois est faible, l'oiseau est haut et souvent à contre-jour. Les belles images demandent du gros matériel et de la chance. Moi j'ai fait quelques clichés flous que je garde quand même, et j'ai surtout regardé avec mes yeux. C'est ce qui reste.

Longue-vue braquée sur la cime, le petit groupe qui attend en silence · IMG : petit groupe de randonneurs emmitouflés observant à la longue-vue dans une forêt de montagne au Costa Rica, lumière matinale, buée

Observer sans déranger, et repartir sans regret

Un mot sur la manière de faire, parce que le quetzal souffre de sa célébrité. En pleine saison, certains arbres attirent des groupes entiers, et j'ai vu des comportements qui m'ont gêné. On ne diffuse pas de chants enregistrés pour faire venir l'oiseau, surtout en période de nidification, ça le stresse et le détourne de ses petits. On garde ses distances, on baisse la voix, on ne s'agglutine pas sous le nid. Un guide sérieux vous imposera ces règles, et c'est bon signe.

Si le quetzal vous a donné le virus, le pays regorge d'autres merveilles à plumes. La suite logique, c'est de se pencher sur l'observation des oiseaux au Costa Rica en général, colibris, toucans, aras, motmots, il y en a des centaines d'espèces. Et pour les enfants comme pour les adultes, le paresseux reste la star facile à trouver, celle qui ne demande pas de se lever à quatre heures du matin dans le froid. Deux ambiances opposées, deux plaisirs.

Moi, quand je repense au Costa Rica, c'est cette traîne verte dans le bosquet de Savegre qui revient en premier. Pas la plage, pas le volcan. Un oiseau que j'ai attendu dans le froid, que j'ai vu dix secondes, et qui a fait basculer tout le voyage. Pura vida, cette expression tico qu'on traduit mal par vie pure, prend là un sens très concret. Se lever, avoir froid, attendre, et recevoir ça en cadeau.

Teste-toi

Pourquoi vise-t-on la période février-mai pour observer le quetzal ?

Questions fréquentes

San Gerardo de Dota, dans la vallée de Savegre, à deux heures et demie de San José, passe pour le spot le plus fiable. Les guides y connaissent les arbres fruitiers où l'oiseau revient presque chaque matin en saison.

De février à mai, la saison de reproduction. Le mâle porte alors sa longue traîne et suit les aguacatillos en fruit. J'ai eu mes meilleures observations en mars, tôt le matin.

Ce n'est pas obligatoire mais je le recommande vraiment. Un guide local repère la traîne dans le feuillage, connaît les cris et les arbres, et braque sa longue-vue sur l'oiseau. Seul, on rate souvent ce qui est juste au-dessus de la tête.

Oui, plus qu'on ne l'imagine. À 2200 mètres et plus, au petit matin, il fait quelques degrés. J'ai grelotté à Savegre. Polaire, bonnet, gants fins et coupe-vent sont utiles.