
Nature & aventure · Faune
L'observation des oiseaux au Costa Rica
En bref
- Le Costa Rica concentre des centaines d'espèces d'oiseaux sur un tout petit territoire, du colibri au grand ara rouge.
- Chaque milieu a ses stars : quetzal en forêt de nuages, aras et toucans sur les côtes, motmots un peu partout, aigrettes en mangrove.
- L'aube change tout : les oiseaux sont actifs, la lumière est douce, et un guide local qui reconnaît les chants voit ce que vous ratez.
- Une paire de jumelles correcte et un carnet suffisent pour commencer ; les lodges à mangeoires font le reste.
Il y a un bruit que je n'oublierai pas. Un matin de novembre, encore à moitié endormi, un café brûlant entre les mains sur le balcon d'un lodge perdu dans la brume. Et d'un coup, ce claquement mouillé dans les branches, un cri rauque, puis un autre. J'ai levé les jumelles au hasard, et il était là : un toucan à carène, le bec démesuré, complètement immobile à trois arbres de moi. Je n'avais rien fait pour mériter ça. Juste être debout à la bonne heure.
Le Costa Rica, pour qui aime regarder les oiseaux, c'est presque injuste. Un pays grand comme deux départements français, et des centaines d'espèces qui se bousculent, du minuscule colibri qui pèse moins qu'une pièce au grand ara rouge qui traverse le ciel en gueulant. On n'a pas besoin d'être un vrai ornithologue pour tomber dedans. Moi je ne le suis pas. Je note dans un carnet, je me trompe une fois sur deux, et je continue.
Pourquoi ce petit pays rend tout le monde fou d'oiseaux
La première fois qu'un guide m'a annoncé le chiffre, j'ai cru qu'il exagérait. Plus de huit cents espèces recensées sur ce bout de terre entre deux océans. C'est plus que sur tout le continent nord-américain, m'a-t-il dit avec un demi-sourire, visiblement fier de son pays. Je n'ai pas vérifié le détail, mais sur le terrain, on le sent. À chaque changement d'altitude, à chaque versant, la bande sonore change complètement.
L'explication tient à la géographie. Le pays empile des mondes : plaines caraïbes moites, forêt de nuages fraîche en altitude, mangroves du Pacifique, hauteurs presque froides autour des volcans. Chaque milieu a ses habitants à plumes, et comme les distances sont courtes, on passe de l'un à l'autre en une matinée de route. Un jour vous cherchez des aras sur une plage, le lendemain vous grelottez à guetter un quetzal dans le brouillard. C'est cette bascule permanente qui rend le birdwatching ici si addictif.
Les stars qu'on vient chercher
Il y a des oiseaux qu'on veut voir avant même d'arriver. Le quetzal resplendissant est en haut de toutes les listes, avec sa longue traîne verte qui ondule quand il vole. Je lui ai consacré tellement d'attention que j'en parle à part dans mon carnet sur la quête du quetzal, parce que le trouver mérite son propre récit. Disons juste que c'est un oiseau qui se mérite, et qu'on ne l'oublie pas.
Les toucans, eux, sont partout où il y a des fruits, et leur bec ridicule les rend faciles à reconnaître même de loin. Les aras, c'est autre chose. L'ara rouge se voit sur la côte Pacifique, en couples ou en petites bandes bruyantes qui passent au-dessus de vous en fin de journée. L'ara vert, plus rare, se cache plutôt vers les basses terres du nord. La première fois que j'ai entendu des aras rouges, je n'ai pas compris que c'étaient des oiseaux, ça ressemblait à une dispute d'enfants.
Et puis il y a les petits. Les colibris qui vrombissent aux mangeoires comme de gros insectes, immobiles en plein vol, changeant de couleur selon l'angle de la lumière. Les motmots, avec leur queue en raquette qu'ils balancent lentement comme un pendule, souvent posés dans la pénombre au bord d'un sentier. Les tangaras de toutes les teintes qui débarquent en groupe sur une branche à fruits. Ce sont eux, au fond, qui remplissent le carnet. Les stars font rêver ; ces petits-là font le quotidien du voyage.
Je me souviens d'un motmot en particulier. J'étais assis sur une souche, en train de souffler après une montée, et il s'est posé à peut-être un mètre cinquante de moi. Il m'a regardé de son œil noir cerclé de bleu, a balancé sa queue deux fois, et n'a plus bougé. On est restés là un long moment tous les deux. Ces rencontres-là ne se cherchent pas, elles arrivent quand on arrête de vouloir. C'est aussi pour ça que je préfère les longues pauses aux longues marches.
On ne collectionne pas les oiseaux, on collectionne des matins. Chaque nom noté dans le carnet, c'est une heure passée dehors à ne rien faire d'autre que regarder.Rémi Ballester
Chaque milieu, ses oiseaux
Ce qui m'a pris du temps à comprendre, c'est qu'on ne cherche pas les mêmes oiseaux partout. On adapte. Dans la forêt de nuages, autour de Monteverde, on chuchote et on lève les yeux vers la canopée noyée de brume : quetzal, oiseaux-cloches dont le cri métallique porte à des centaines de mètres, colibris de montagne. C'est humide, c'est frais, et la patience paie plus que les jambes.
Sur la côte caraïbe, du côté de Tortuguero et de ses canaux, on observe depuis la barque. Les aigrettes et les hérons pêchent sur les berges, les jacanas marchent sur les nénuphars, un martin-pêcheur file au ras de l'eau. Le guide coupe le moteur et on se laisse dériver. C'est peut-être le birdwatching le plus reposant du pays, celui qu'on peut faire sans marcher.
La péninsule d'Osa, autour de Corcovado, joue dans une autre catégorie. C'est la forêt primaire, dense, sauvage, où l'on entend bien plus qu'on ne voit. Aras rouges au-dessus des arbres, trogons cachés dans l'ombre, une infinité de cris qu'on n'arrive pas à attribuer. On y voit d'ailleurs autre chose que des oiseaux : c'est aussi là qu'on croise le plus facilement les paresseux accrochés dans les hauteurs, et l'œil s'entraîne à fouiller le feuillage pour l'un comme pour l'autre.
La mangrove, je l'ai découverte plus tard, et c'est un monde à part. À marée basse, la vase se découvre et tout un peuple d'échassiers vient y fouiller : ibis, aigrettes, parfois un rapace posté sur une branche morte. On avance en kayak entre les racines, presque sans bruit, et les oiseaux vous laissent approcher parce qu'ils ne comprennent pas ce que vous êtes. Un guide m'a montré un martin-pêcheur minuscule qui plongeait toutes les deux minutes exactement au même endroit. On est restés vingt minutes à le regarder rater, puis réussir.
Et il y a les hauteurs. Au-dessus d'un certain niveau, la forêt s'ouvre, l'air devient piquant, et les oiseaux changent encore. Colibris volcaniques qui tiennent le coup dans le froid, petites espèces endémiques qu'on ne voit qu'ici et nulle part ailleurs. C'est le birdwatching le plus exigeant, celui où l'on gèle en guettant, mais aussi celui qui donne les cochages dont on se vante au dîner. J'y ai vu des oiseaux dont je n'avais jamais entendu le nom, et que je serais incapable de reconnaître aujourd'hui sans mon carnet.
Où voir quoi, en un coup d'œil
J'ai fini par me faire une petite carte mentale, milieu par milieu, pour savoir quoi guetter selon l'endroit où je posais mon sac. Rien de scientifique, juste ce que j'ai vu et ce qu'on m'a montré. Voilà à quoi ça ressemble une fois mis à plat.
| Milieu / lieu | Espèces phares à guetter | Le moment idéal |
|---|---|---|
| Forêt de nuages (Monteverde, hauteurs) | Quetzal, oiseau-cloche, colibris de montagne | Aube, saison de reproduction |
| Côte et canaux caraïbes (Tortuguero) | Aigrettes, hérons, jacanas, martins-pêcheurs | Tôt le matin, en barque |
| Mangrove du Pacifique | Échassiers, ibis, rapaces, martins-pêcheurs | Marée basse |
| Forêt primaire d'Osa (Corcovado) | Aras rouges, trogons, toucans, tangaras | Aube, sur les sentiers |
| Hauteurs et páramo d'altitude | Junco, colibris volcaniques, oiseaux endémiques | Matinée dégagée |
| Jardins de lodge à mangeoires | Colibris, tangaras, toucans, coatis en prime | Toute la matinée |
Ce tableau, je l'aurais aimé le premier jour. Il ne remplace pas un guide, mais il évite de chercher un quetzal sur une plage ou un ara dans le brouillard d'altitude. On perd déjà bien assez de temps à confondre deux tangaras.
L'aube, le guide et le carnet
Si je ne devais retenir qu'une chose, ce serait l'heure. L'aube fait tout. Les oiseaux chantent, se nourrissent, se déplacent, alors que le reste de la journée ils s'assoupissent avec la chaleur. Se lever à cinq heures pour aller regarder des piafs, dit comme ça, ça paraît absurde. Sur place, quand la forêt s'allume de cris et que la brume monte des arbres, on ne discute plus.
Le guide local, c'est l'autre bascule. J'ai longtemps cru que je m'en passerais. Erreur. Un bon guide tico entend un chant, s'arrête net, et vous désigne un point dans le feuillage où vous n'auriez jamais rien vu. Ils reconnaissent les espèces à l'oreille avant même de les apercevoir, imitent les cris pour faire répondre l'oiseau, et connaissent l'arbre exact où tel toucan passe chaque matin. Payer un guide pour une sortie à l'aube, c'est le meilleur argent que j'aie dépensé au Costa Rica.
Il y a aussi une manière de se tenir. Les meilleurs guides ne poussent jamais l'oiseau, ne s'approchent pas trop, ne le harcèlent pas avec les cris enregistrés pour le faire sortir à tout prix. On regarde, on note, on repart. J'ai vu des groupes faire le contraire, coller un nid pour la photo, et l'oiseau finir par abandonner sa branche. Ce n'est pas ma façon de faire. Le carnet se remplit très bien en laissant les bêtes tranquilles, et on rentre avec la conscience légère.
Le matériel, sans se ruiner
Une paire de jumelles correcte suffit pour commencer. Pas besoin d'un télescope de compétition. Un carnet, ou le téléphone, pour noter ce qu'on voit et l'heure, parce qu'on oublie plus vite qu'on ne croit. Des vêtements dans les tons neutres, pas de couleurs qui claquent. Et un poncho, toujours, parce qu'ici la pluie ne prévient pas. Le soir, une petite appli de chants d'oiseaux permet de réviser et de mettre un nom sur ce qu'on a entendu sans voir.
Le luxe, c'est le lodge à mangeoires. Beaucoup en installent, avec des bananes coupées et de l'eau sucrée pour les colibris. Vous prenez le petit-déjeuner et le spectacle vient à vous : tangaras multicolores, colibris qui se disputent, parfois un toucan qui vole la banane. On finit assis, immobile, l'appareil sur les genoux, à laisser les oiseaux faire le travail. Après des jours de sentiers boueux, ça fait un bien fou.
Ce que j'ai fini par comprendre
Au début, je voulais cocher des noms. Voir le quetzal, voir l'ara, voir le toucan, comme une liste de courses. Et puis j'ai lâché prise. Les plus beaux moments, ce sont ceux que je n'attendais pas : un motmot posé à un mètre du sentier pendant que je reprenais mon souffle, une nuée de tangaras qui débarque au moment où je remballais mes affaires. Le birdwatching au Costa Rica récompense la lenteur, pas la performance.
Alors si vous partez avec cette idée en tête, gardez du temps pour ne rien faire. Une matinée entière sans bouger d'un balcon, jumelles à portée. Vous verrez plus d'oiseaux comme ça qu'en courant d'un parc à l'autre. Pura vida, comme disent les ticos : prenez la vie doucement. Les oiseaux, ici, la prennent comme ça, et ils vous obligent à faire pareil.
Teste-toi
Où avez-vous le plus de chances de voir un quetzal resplendissant ?
Questions fréquentes
Pas obligé, mais ça change tout. Un bon guide tico reconnaît les espèces au chant avant même de les voir et connaît les arbres où elles se posent. Seul, on rate la moitié de ce qui se passe autour de nous.
L'aube, sans hésiter. Les oiseaux chantent et se nourrissent dès que le jour se lève, la chaleur ne les a pas encore calmés, et la lumière est belle. La fin d'après-midi marche aussi, en second choix.
Une paire de jumelles correcte, un carnet ou le téléphone pour noter, des vêtements neutres et un poncho parce qu'il pleut souvent. Une appli de chants d'oiseaux aide à réviser le soir.
Oui. Beaucoup de lodges installent des mangeoires à bananes et à eau sucrée : tangaras, colibris et toucans viennent à vous pendant que vous prenez le café. Le balcon devient un poste d'observation.