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Cahuita et son parc national

IMG hero (Nano Banana) : plage caraïbe du Costa Rica à Cahuita, cocotiers penchés vers une mer turquoise, sable clair, jungle épaisse en bordure, lumière tropicale douce du matin, aucune foule

En bref

La première fois que j'ai posé le pied à Cahuita, c'était en fin d'après-midi, un bus poussif me déposant au bout de la grand-rue de sable. Odeur de noix de coco grillée, un chien couché en travers du trottoir, une basse reggae qui traînait quelque part derrière les palmiers. J'arrivais de Puerto Viejo et ses fêtes tardives, et là, d'un coup, le silence. Pas le silence vide, non. Le silence d'un village qui a décidé de ne pas se presser. J'ai compris tout de suite que j'allais rester plus longtemps que prévu.

Cahuita, c'est un mouchoir de poche caribéen sur la côte sud, à une poignée de kilomètres de son grand frère plus turbulent. On y vient souvent pour une nuit, on repart au bout de trois. Et beaucoup m'ont dit la même chose que moi : ici, on relâche les épaules sans même s'en rendre compte.

Un village qui marche au ralenti

Il n'y a pas grand-chose à faire à Cahuita, et c'est précisément l'idée. Deux ou trois rues de sable et de terre battue, des maisons en bois peintes de couleurs fatiguées par le sel, des sodas où l'on sert le casado du midi dans des assiettes qui débordent. Riz, haricots, banane plantain, un morceau de poisson au lait de coco si vous tombez sur la bonne cuisine. J'ai mangé pour trois fois rien un pollo caribeño qui m'a laissée sonnée de bonheur, assise sur un tabouret bancal, les pieds dans le sable.

La population est en grande partie afro-caribéenne, descendante des travailleurs venus de la Jamaïque il y a plus d'un siècle. On l'entend dans la langue, ce créole anglais chantant qui se mêle à l'espagnol tico. On le sent dans la cuisine, dans la musique, dans cette façon de vous saluer d'un « alright ? » lent comme une vague. Après l'agitation de Puerto Viejo et ses spots de surf, le contraste est franc. Cahuita ne cherche pas à vous divertir. Elle vous laisse tranquille.

Les soirées, le reggae et l'art de ne rien faire

Le soir, le village se resserre autour de quelques bars en bois. Une guitare, une enceinte fatiguée qui crache du reggae et du calypso, des gens qui dansent mollement ou pas du tout. J'ai passé une soirée entière sur une terrasse à regarder les lucioles clignoter au-dessus de la route, une bière tiède à la main, sans dire grand-chose à mes voisins de table. On se comprenait quand même. Les tenanciers vous appellent « mi amor » au bout de deux minutes, et curieusement ça ne sonne jamais faux.

Ce que j'aime ici, c'est que personne ne vend rien avec insistance. Pas de rabatteurs sur la plage, pas de menus plastifiés qu'on vous colle sous le nez. Un panneau à la craie, un sourire, et c'est à vous de choisir si vous entrez. Cette lenteur peut décontenancer les premiers jours. Puis on s'y coule, et repartir devient un arrachement.

La grand-rue de sable en fin de journée · IMG : rue en terre et sable d'un village caribéen du Costa Rica, maisons en bois colorées écaillées par le sel, palmiers, lumière dorée de fin d'après-midi, ambiance tranquille

Le parc national, ce sentier entre jungle et mer

Le vrai trésor de Cahuita commence là où finit le village. L'entrée de Kelly Creek se trouve littéralement au bout de la rue principale, à deux pas des dernières maisons. Et le parc national de Cahuita a une particularité qui le rend rare au Costa Rica : par cette entrée, on n'y paie pas de billet. On laisse une donation, ce qu'on peut, dans une petite boîte, et on entre. J'ai glissé mes quelques billets, un ranger m'a souri, et me voilà partie.

Le sentier longe la côte sur plusieurs kilomètres, plat comme une table. D'un côté la jungle épaisse qui bruisse, de l'autre une plage de sable clair bordée de cocotiers penchés vers l'eau. J'ai fait presque tout le chemin pieds nus, les tongs à la main, le sable tiède sous la plante des pieds et la mer à portée de main quand la chaleur devenait trop forte. Il faut traverser un ou deux petits cours d'eau, de l'eau jusqu'aux mollets, rien de méchant. Un matin de saison sèche, l'eau était tellement claire que je voyais mes orteils au fond.

Ce que j'ai adoré, c'est la liberté de faire demi-tour quand on veut. Le sentier n'oblige à rien. On peut marcher une demi-heure, s'asseoir sous un cocotier, se baigner, revenir sur ses pas. Ou pousser jusqu'à la pointe de Cahuita, là où le sentier s'écarte de la plage et s'enfonce un peu dans la forêt avant de rejoindre l'autre entrée du parc, du côté de Puerto Vargas. J'ai fait la traversée complète une fois, en prenant mon temps, et j'ai mis presque la matinée sans jamais m'ennuyer. Emportez de l'eau, il n'y a rien à acheter une fois passé le premier kilomètre.

La faune, sans jumelles et sans guide

C'est là que Cahuita m'a bluffée. Je n'avais pas de guide, pas de longue-vue, juste mes yeux et un peu de patience. En deux heures de marche j'ai vu trois paresseux, dont un qui descendait tranquillement son tronc à hauteur de regard, ce qui n'arrive presque jamais. Si les paresseux vous obsèdent autant que moi, j'en parle plus longuement dans mon carnet sur où observer les paresseux au Costa Rica. Des singes hurleurs qui secouaient les branches au-dessus du sentier, des capucins malins qui guettaient les sacs à dos. Un raton laveur venu renifler mes affaires posées sur le sable, sans la moindre gêne.

Et les crabes. Des dizaines de petits crabes de terre, rouges, jaunes, qui filaient se planquer dans leurs trous dès qu'on approchait. Le sol semblait bouger. Mon neveu, quand nous y sommes retournés en famille, a passé une heure à essayer d'en photographier un de près. Il n'y est pas arrivé. Ils sont trop rapides, et lui riait trop fort.

J'ai marché pieds nus entre les cocotiers et un paresseux, sans jumelles, sans guide, juste la chance de lever les yeux au bon moment. Cahuita donne ça sans faire d'histoires.Manon Estibal

Le récif, un jardin sous la surface

Ce que beaucoup ignorent, c'est que Cahuita protège aussi l'un des rares récifs coralliens vivants du pays, juste au large de la pointe. Depuis la plage du parc, on peut palmer directement vers les patates de corail. J'ai loué un masque et un tuba à un type sympa du village, et je suis partie avec un petit groupe et un guide local, parce que les courants près de la pointe demandent un minimum de respect.

Sous la surface, c'est un autre monde. Des poissons-perroquets bleus et verts, des bancs argentés qui tournaient autour de nous, des éponges couleur rouille accrochées au corail. Le récif a souffré des sédiments et des pluies au fil des années, on me l'a dit franchement, alors il ne faut pas s'attendre aux jardins de la mer Rouge. Mais l'eau était tiède, translucide par endroits, et flotter là, bercée, avec la ligne verte de la jungle en arrière-plan quand je relevais la tête, ça restera. On sort de l'eau les doigts fripés et le sourire idiot.

Le sentier côtier du parc, jungle d'un côté, plage de l'autre · IMG : sentier plat de sable et terre longeant une plage tropicale, cocotiers penchés vers une mer turquoise, jungle dense épaisse de l'autre côté, lumière naturelle, Costa Rica caraïbe

Le parc de Cahuita en pratique

Voilà de quoi préparer votre journée sans mauvaise surprise. Rien n'est figé, les horaires bougent et la nature fait ce qu'elle veut, mais ça vous donne une base honnête.

Ce qu'on vient chercherEn vrai, sur placeMon conseil de terrain
Le sentier côtierPlat, ombragé par la jungle, plusieurs kilomètres le long de la plagePartez tôt le matin, avant la chaleur et pour la faune active
Accès et prixEntrée de Kelly Creek au bout du village, donation librePrévoyez des petits billets pour la boîte de donation
La fauneParesseux, singes hurleurs et capucins, ratons laveurs, crabes de terreMarchez lentement, en silence, regardez en hauteur
Le snorkelingRécif corallien au large de la pointe, sortie guidée conseilléeLouez masque et tuba au village, écoutez le guide pour les courants
À emporterEau, crème solaire, chaussures qui vont dans l'eauGardez la nourriture fermée, les singes et ratons sont voleurs

Une chose que j'aurais aimé savoir plus tôt : le sentier est tellement plat et facile qu'il convient aux jeunes enfants et aux grands-parents. Pas de dénivelé, pas de racines traîtresses, la mer toujours à côté pour se rafraîchir. C'est un des rares parcs où j'ai vu des poussettes s'aventurer sur les premiers mètres. Si vous voyagez avec des petits, ce coin mérite une place dans votre itinéraire du Costa Rica en famille.

Quand venir, et pourquoi rester

La côte caraïbe a un calendrier à elle, à contre-courant du reste du pays. Quand le Pacifique noie ses routes sous la pluie, Cahuita peut vous offrir des trouées de ciel bleu, notamment vers septembre et octobre. C'est déroutant la première fois, et franchement pratique. Je détaille cette bizarrerie météo dans mon guide sur quand partir au Costa Rica, parce que ça change tout pour un itinéraire.

Ceux qui poussent plus au nord enchaînent souvent avec les canaux de Tortuguero et ses tortues, cette autre facette de la Caraïbe, sauvage et humide, où l'on ne se déplace qu'en bateau. Deux ambiances, deux rythmes. Mais si vous ne deviez retenir qu'une seule chose de Cahuita, ce serait peut-être cette scène : la fin d'après-midi, les pêcheurs qui rentrent, la mer qui vire au gris perle, et cette envie soudaine de ne plus jamais consulter votre montre. Le village vous l'apprend sans un mot. Pura vida, la vraie, celle qu'on ne met pas sur les t-shirts.

Y aller, dormir, et se laisser porter

On rejoint Cahuita en bus direct depuis San José, un trajet de quatre à cinq heures qui traverse la montagne puis les plantations de bananiers de la plaine caraïbe. Le bus me plaît pour ça : on voit le paysage changer, l'air devenir plus lourd, les toits de tôle se multiplier. En voiture c'est plus souple, mais la route se rétrécit vers le sud et les nids-de-poule guettent. Beaucoup arrivent aussi depuis Puerto Viejo, à un quart d'heure à peine, en taxi collectif ou à vélo pour les plus courageux.

Pour dormir, oubliez les grands complexes. Ici ce sont des cabinas familiales, quelques lodges cachés dans la végétation, des hamacs tendus entre deux troncs. J'ai logé dans une cabina tenue par une dame qui préparait le gallo pinto au petit-déjeuner et me racontait le village pendant que le café passait. C'est ce genre d'adresse qui fait le charme de la côte sud, loin des façades léchées du Pacifique nord. On paie peu, on reçoit beaucoup.

Un dernier mot sur le rythme. Ne planifiez pas trop. Cahuita se savoure en journées molles, un matin au parc, un après-midi de sieste, un plongeon quand la chaleur tape. Prévoyez au moins deux nuits, trois si vous pouvez. La première sert à ralentir, la deuxième à comprendre pourquoi tout le monde traîne, la troisième à vous surprendre en train de reculer votre départ. C'est le piège de ce village. Le meilleur des pièges.

Teste-toi

Comment accède-t-on au parc national de Cahuita par l'entrée de Kelly Creek ?

Questions fréquentes

Non, le sentier côtier se fait très bien seul, il est plat et balisé par la plage. J'ai vu trois paresseux sans guide. Un guide reste utile si vous voulez repérer plus de faune ou faire le snorkeling sur le récif.

Oui, c'est même l'un des rares sentiers sans dénivelé ni racines traîtresses, avec la mer toujours à côté pour se rafraîchir. J'y ai croisé des poussettes sur les premiers mètres et des familles tranquilles.

Cahuita est plus calme et endormi, Puerto Viejo plus animé côté surf et vie nocturne. Beaucoup dorment à Cahuita et vont faire la fête à Puerto Viejo, à quelques kilomètres. Les deux se combinent facilement.

Oui, l'un des rares récifs vivants du pays se trouve au large de la pointe du parc. On loue masque et tuba au village. Les courants près de la pointe demandent de la prudence, une sortie guidée est plus sûre.