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Le volcan Arenal
En bref
- L'Arenal a la silhouette de cône presque parfait qui sert de carte postale au Costa Rica, mais il n'émet plus de lave visible depuis 2010.
- Le parc national protège les coulées figées de 1968, où l'on randonne sur la roche noire refroidie avec le sommet juste au-dessus.
- La chaleur du volcan alimente les sources thermales de La Fortuna, camp de base idéal pour rayonner vers les sentiers, le lac et le canopy.
- Le sommet se cache souvent sous les nuages : le meilleur créneau pour le voir dégagé est le tout début de matinée.
La première fois que j'ai vu l'Arenal, je ne l'ai pas vu. Rien. Un gros paquet de nuages posé sur la vallée, une masse grise qui refusait de bouger, et moi planté sur la terrasse de mon hospedaje à La Fortuna, café tiède à la main, à guetter une trouée qui ne venait pas. On m'avait vendu le cône parfait, la carte postale du pays, et j'avais devant moi un mur de coton mouillé. J'ai failli râler. Puis le lendemain, vers six heures et demie, le sommet s'est découpé net, pointu, presque trop régulier pour être vrai. Ça valait l'attente.
L'Arenal, c'est un peu ça tout le temps. Une montagne qui se mérite au lever du jour, qui joue à cache-cache avec le ciel, et qui reste, même sans une seule coulée rouge, l'une des images que le Costa Rica se donne de lui-même. Je vais essayer de raconter ce que j'y ai vu et ce que j'y ai raté, parce que les deux comptent autant l'un que l'autre quand on prépare son passage par ici.
Un cône trop parfait pour être vrai
Il faut le voir en vrai pour comprendre pourquoi tout le monde le photographie. L'Arenal monte d'un seul jet au-dessus de la plaine, une pyramide de plus de mille cinq cents mètres qui sort de nulle part, sans contrefort, sans chaîne autour, juste ce triangle presque géométrique planté dans le vert. On dirait un volcan dessiné par un enfant. Les versants sont réguliers, la pente est franche, et quand la lumière du matin l'attrape de côté, chaque ravine se creuse en ombre et il prend un relief incroyable.
C'est pour ça qu'il finit sur les cartes postales, les étiquettes de café, les affiches des offices de tourisme. Il ressemble à l'idée qu'on se fait d'un volcan avant même d'en avoir vu un. Moi qui traîne mes chaussures de rando dans pas mal de parcs du pays, je peux vous dire que peu de sommets ont cette silhouette-là. Le Poás est large et éventré, l'Irazú est un plateau lunaire. L'Arenal, lui, a la forme.
La lave, il faut en parler franchement
Autant le dire tout de suite, parce que c'est la première question qu'on me pose et que ça évite les déceptions au petit matin. On ne voit plus de lave à l'Arenal. Plus depuis 2010. Le volcan a connu des décennies actives, avec des coulées incandescentes qui dévalaient la nuit, un grondement, des projections orange qu'on regardait depuis les terrasses en frissonnant. Des gens venaient exprès pour ça, s'installaient au crépuscule et attendaient le spectacle. Et puis il s'est endormi.
Aujourd'hui il est en repos. Pas éteint, en repos, ce qui n'est pas pareil, mais concrètement il n'y a plus de rougeoiement à guetter. Si quelqu'un vous promet la lave en 2026, il vous raconte des histoires ou il vous parle d'il y a quinze ans. J'ai croisé à La Fortuna un couple qui avait réservé une excursion de nuit persuadé de voir couler du feu, et leur tête au retour faisait peine à voir. Alors autant caler ses attentes avant. Ce qui reste, et c'est déjà beaucoup, c'est la montagne, la forêt qui a repris ses droits, la chaleur qui monte du sol par endroits, et cette impression d'être au pied de quelque chose de vivant qui a juste décidé de faire une sieste.
Marcher sur la coulée de 1968
Le parc national Volcán Arenal, c'est là que je passe le plus de temps. Et le sentier que je conseille sans hésiter, c'est celui qui grimpe sur les anciennes coulées de 1968. Cette année-là le volcan s'est réveillé d'un coup, brutalement, et a rayé de la carte des hameaux entiers sur son flanc ouest. Ce qui reste, c'est un chaos de roche noire figée, des blocs gros comme des voitures, un champ de pierres sombres où la végétation grignote centimètre par centimètre.
On marche dessus. C'est ça qui m'a scié. La lave a refroidi il y a plus de cinquante ans mais elle a gardé sa forme de vague, ses arêtes coupantes, ses creux. Sous les semelles ça sonne creux par moments, ça crisse, la roche est rugueuse comme du papier de verre grossier. Autour, des figuiers étrangleurs et des fougères ont colonisé les interstices, des oiseaux passent, et on lève les yeux pour voir le cône juste au-dessus, celui-là même qui a craché tout ça. Le contraste entre la douceur de la forêt qui revient et la violence de ce que le sol raconte, ça reste avec vous longtemps. Pour organiser la journée et le reste, je vous renvoie à mon topo sur La Fortuna et ses environs, c'est de là que partent la plupart des sentiers.
Cerro Chato, l'occasion manquée
Il y a ce vieux cratère éteint accolé à l'Arenal, le Cerro Chato, avec une lagune couleur émeraude au fond. J'en rêvais. Sauf que l'accès a été fermé pour laisser le milieu se régénérer, la montée détruisait tout sur son passage. J'ai posé la question sur place à plusieurs reprises et la réponse est restée la même. Ne calez pas votre voyage dessus. Renseignez-vous au moment venu, ça peut rouvrir sous conditions, mais partez du principe que c'est un bonus improbable plutôt qu'une étape.
Au pied du géant, la forêt grouille
Ce qui m'a surpris la première fois, c'est à quel point le pied du volcan est vivant. On imagine un désert de cendre, on trouve une jungle. La forêt tropicale humide couvre les flancs bas et grouille de bestioles. J'ai vu des coatis traverser le sentier en file indienne, la queue dressée, fouiller les feuilles mortes sans se soucier de moi le moins du monde. Des toucans qui passent d'un arbre à l'autre avec leur bec disproportionné. Des singes hurleurs qui gueulent au petit matin, ce raffut caverneux qui vous réveille mieux qu'un café serré. Et si vous levez le nez en étant patient, parfois un paresseux accroché tout en haut, immobile pendant des heures.
Prenez un guide si vous voulez vraiment voir la faune. Seul, je passe à côté de la moitié des choses, alors qu'un bon guide local repère un serpent lové sur une branche ou une petite grenouille rouge et bleue que je n'aurais jamais distinguée du feuillage. Ça change la balade du tout au tout. Les jumelles aussi, ne les oubliez pas dans la valise, tout se joue souvent là-haut dans la canopée et à l'oeil nu on rate l'essentiel.
Le lac, le vent et l'autre versant
De l'autre côté du volcan s'étale le lac Arenal, une longue étendue d'eau retenue par un barrage, bordée de collines vertes qui ondulent comme un dos de vache endormie. C'est le plus grand lac du pays et il a son ambiance à lui, plus fraîche, souvent balayée par un vent constant qui fait le bonheur des kitesurfeurs et des planches à voile du côté de sa rive ouest. J'y suis passé un après-midi gris où le vent décoiffait pour de bon, et franchement le décor valait le détour même sans grand soleil.
Faire le tour du lac en voiture, c'est une demi-journée de virages, de points de vue, de petits arrêts improvisés. La route continue ensuite vers les hauteurs et c'est d'ailleurs par là qu'on rejoint Monteverde et sa forêt de nuages, une combinaison de destinations que beaucoup de voyageurs enchaînent. Prévoyez du temps, la piste n'est pas toujours tendre, mais le paysage change complètement, on passe du pied du volcan aux crêtes noyées de brume.
Sentiers et activités autour de l'Arenal
Pour vous y retrouver, voici comment je répartirais les choses selon le temps qu'on a devant soi et l'envie de se fatiguer les jambes. Rien d'exhaustif, juste ce que j'ai fait ou vu faire, avec mon ressenti sur l'intérêt.
| Sentier / activité | Durée | Difficulté | Intérêt |
|---|---|---|---|
| Coladas de 1968 (parc national) | 2 à 3 h | Facile à moyen | Marcher sur la lave refroidie, cône au-dessus de soi |
| Sentier forêt secondaire (Los Tucanes) | 1 à 2 h | Facile | Oiseaux, calme, ombre en pleine chaleur |
| Coulées privées (secteur El Silencio) | 2 h | Moyen | Mirador sur la coulée, moins de monde |
| Cerro Chato | - | Difficile | Ancienne lagune de cratère, accès fermé, à vérifier |
| Tour du lac Arenal en voiture | Demi-journée | - | Points de vue, vent, collines vertes |
| Sources chaudes | Soirée | Facile | Eaux chauffées par l'activité du volcan |
| Canopy et ponts suspendus | 2 à 3 h | Facile à moyen | Vue aérienne, canopée, sensations |
Se laisser tremper le soir venu
La récompense de la journée, pour moi, c'est l'eau chaude. La chaleur du volcan alimente une nappe de sources thermales tout autour de La Fortuna, et le soir on va s'y glisser jusqu'aux épaules pendant que la nuit tombe et que les grenouilles se mettent à chanter. Certaines installations sont luxueuses et coûtent leur poids, d'autres sont plus modestes, il y a même des coins de rivière naturellement tièdes où les locaux se retrouvent. J'ai tout aimé, le bruit de l'eau, la vapeur qui monte, la fatigue des jambes qui fond. Si le sujet vous intéresse, j'ai détaillé les options dans mon article sur les sources chaudes de l'Arenal, avec le vrai et le faux sur les tarifs.
Pour ceux qui veulent de l'adrénaline avant le bain, le secteur regorge de tyroliennes et de passerelles tendues au-dessus de la canopée. Filer d'un arbre à l'autre au ras des cimes avec le cône en toile de fond, c'est le genre de matinée dont on se souvient. Là encore j'ai écrit un guide dédié au canopy au Costa Rica si vous hésitez sur le format, parce qu'il y en a pour tous les niveaux de trouille.
La cascade, si les jambes tiennent encore
À deux pas de la ville, la cascade de La Fortuna dévale d'une falaise dans un bassin encaissé au milieu de la végétation. On y descend par un escalier costaud, plusieurs centaines de marches qui font travailler les cuisses, surtout à la remontée sous la chaleur moite. En bas, l'eau est fraîche, on peut se tremper dans le bassin ou plus bas dans la rivière, mais prudence quand il a beaucoup plu et que le débit gonfle. J'y suis descendu en fin d'après-midi une fois, il y avait moins de monde et la lumière filtrait à travers les arbres, joli moment. Rien d'obligatoire dans le programme, mais si vos jambes ne sont pas encore mortes après la coulée, ça complète bien une journée. Gardez des chaussures qui accrochent, les marches restent humides et glissantes par endroits.
La patience, votre meilleure alliée
Je reviens sur les nuages parce que c'est le vrai enjeu ici. L'Arenal se cache. Souvent. Son sommet passe des journées entières emballé dans une chape de nuages, surtout l'après-midi et pendant la saison humide. Le créneau à ne pas rater, c'est le tout début de matinée, quand l'air est encore frais et que le ciel n'a pas eu le temps de charger. Levez-vous tôt, sortez avant le petit-déjeuner, guettez.
J'ai attendu trois matins de suite pour l'avoir dégagé du pied au sommet, et le troisième, il était là, entier, net, avec un petit panache de vapeur qui traînait au bord. J'ai eu l'impression d'avoir gagné quelque chose. C'est bête, mais c'est exactement ce qui rend ce volcan attachant, il ne se donne pas facilement. Pour maximiser vos chances, choisir la bonne période aide beaucoup, et j'en parle plus largement dans mon guide sur quand partir au Costa Rica. En gros, la saison sèche offre plus de matins clairs, mais rien n'est garanti, la montagne fait ce qu'elle veut.
On ne visite pas l'Arenal, on l'attend. Et le matin où il se découvre entier, on comprend pourquoi on s'est levé dans le noir.Rémi Ballester
Y arriver sans stress
Depuis San José, comptez la matinée de route, trois à quatre heures selon le trafic et l'état de la chaussée. La plupart des gens louent une voiture, ce qui donne la liberté d'aller au lac, aux sources et aux sentiers à son rythme. Les bus publics desservent La Fortuna, moins chers mais plus lents, avec souvent un changement à Ciudad Quesada. Il existe aussi des navettes touristiques en porte-à-porte, confortables, un bon compromis si conduire entre les nids-de-poule ne vous tente pas. Et puis il y a le fameux jeep-boat-jeep pour rejoindre Monteverde, une portion en 4x4, une traversée du lac en bateau, puis à nouveau la route, plus rapide et bien plus joli que de contourner par la piste. J'ai testé les trois formules selon les voyages, chacune a ses moments. La voiture reste ma préférée pour ce coin-là, on s'arrête où on veut.
La Fortuna, le camp de base idéal
Tout ça se vit depuis La Fortuna, la petite ville posée au pied du versant est. C'est de là qu'on rayonne, qu'on réserve, qu'on mange un casado copieux le midi avant de repartir crapahuter. Le bourg n'a rien d'extraordinaire en soi, une place, une église, des sodas où l'on mange bien pour pas cher, des agences à tous les coins de rue. Mais sa position est imbattable, le volcan est littéralement au bout des rues, les sentiers, le lac et les sources sont à portée de voiture.
Comptez large sur le temps que vous y passez. Beaucoup de gens s'arrêtent une nuit, filent voir la cascade et repartent, et je trouve que c'est courir après le vent. Deux ou trois nuits laissent la marge pour rater un matin nuageux sans stress, marcher tranquillement sur la lave, s'offrir une soirée thermale, et tenter à nouveau le sommet dégagé le lendemain. Le Costa Rica se déguste doucement, pura vida comme on dit ici, et l'Arenal moins que tout autre endroit ne supporte la précipitation. Il vous fera lever tôt, il vous fera peut-être râler devant un mur de brume, et puis il se montrera. C'est le deal, et honnêtement je le referais sans hésiter.
Teste-toi
Peut-on encore voir de la lave incandescente à l'Arenal aujourd'hui ?
Questions fréquentes
Non. Le volcan est entré en repos autour de 2010 et n'émet plus de lave visible. Les excursions qui promettent un spectacle de lave nocturne parlent d'une époque révolue. On vient aujourd'hui pour le cône, la forêt et les coulées refroidies.
Non, l'ascension du cône lui-même est interdite pour raisons de sécurité. Les sentiers du parc national montent sur les anciennes coulées de lave, au pied du volcan, ce qui offre déjà des points de vue magnifiques sur le sommet.
Je conseille deux à trois nuits. Ça laisse la marge pour rater un matin nuageux, marcher sur la coulée de 1968, profiter des sources chaudes et retenter le sommet dégagé le lendemain sans courir.
L'accès à la lagune du Cerro Chato a été fermé pour laisser le milieu se régénérer. Renseignez-vous sur place au moment de votre passage, mais ne construisez pas votre programme autour de lui.