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La Fortuna, au pied de l'Arenal
En bref
- La Fortuna est un carrefour touristique sans charme mais un camp de base idéal pour explorer l'Arenal et ses environs.
- La cascade se mérite par plus de cinq cents marches, avec baignade dans un bassin en eau froide et zone sécurisée par des cordes.
- Les sources chaudes se vivent en complexe chic payant ou gratuitement dans la rivière naturelle du Rio Chollín, sous les étoiles.
- On relie Monteverde par le jeep-boat-jeep, une traversée du lac Arenal bien plus rapide et agréable que la route.
Le bus m'a lâché sur la place de La Fortuna un après-midi de novembre, et la première chose que j'ai vue, c'est le volcan. Le cône de l'Arenal, planté au bout de la rue principale, sa touffe de nuages accrochée au sommet comme presque tous les jours. Il tombait une pluie tiède, de celles qui ne mouillent pas vraiment. L'air sentait l'herbe coupée et la friture d'une soda voisine, ces petites cantines de quartier où l'on mange pour trois fois rien. J'ai posé mon sac, commandé un café, et j'ai compris pourquoi tout le monde s'arrête là.
La Fortuna n'a rien d'un joli village. C'est un carrefour, une rue qui file, des agences d'excursions collées les unes aux autres, des panneaux qui hurlent rafting et zip-line. Touristique jusqu'au bout des ongles. Mais c'est aussi le meilleur camp de base que je connaisse au Costa Rica, et j'y suis resté cinq nuits sans le regretter une seconde.
Un village qui ne sert qu'à une chose
Disons-le franchement, on ne vient pas à La Fortuna pour La Fortuna. On y vient pour ce qu'il y a autour. Le village tient dans un mouchoir de poche, quelques rues autour de l'église blanche et de sa pelouse, et tout le reste tourne autour du volcan qui domine la vallée à l'ouest. Le volcan Arenal lui-même dort depuis 2010, plus de fontaines de lave la nuit, mais sa silhouette reste le repère de tout le monde. On se cale dessus pour s'orienter, on l'attend le matin quand les nuages se lèvent, on le photographie cent fois.
Ce qui rend l'endroit pratique, c'est justement cette concentration d'agences. En une matinée, sac au dos, j'avais réservé une descente en rafting, calé une rando aux ponts suspendus, et repéré un chauffeur pour rejoindre Monteverde. Tout se négocie à pied, on compare les prix d'une porte à l'autre, on discute. Les tarifs bougent selon la saison et le nombre de personnes, alors comptez large et ne prenez pas la première offre. J'ai payé deux excursions presque identiques à des prix très différents à trois jours d'écart, simplement parce que j'avais appris à marchander un peu.
Côté logement, on trouve de tout, du dortoir d'auberge à quelques dollars la nuit aux lodges perchés sur les collines avec vue plongeante sur le volcan. J'avais choisi une petite guesthouse en bordure de village, tenue par une famille, avec un hamac sur la terrasse et un chien qui venait dormir à mes pieds. Le matin, on entend les oiseaux avant le réveil et, si le ciel est dégagé, on ouvre les volets sur l'Arenal. Ces matins-là valent tous les hôtels du monde. Un mot sur la météo, il pleut souvent l'après-midi, surtout de mai à novembre, alors caler les activités de plein air le matin est une habitude qui m'a bien servi.
La cascade, ses marches et son bassin froid
La sortie que je recommande à tous ceux qui débarquent, c'est la cascade de La Fortuna. Elle se cache dans la forêt à quelques kilomètres du village, au fond d'une gorge. On paie une entrée à l'accueil, puis on descend. Là il faut prévenir, ça descend vraiment. Un escalier de béton et de pierre, plus de cinq cents marches d'après ce qu'on m'avait dit, taillé à flanc de ravin. La descente se fait sans souffrir. C'est la remontée qui vous rappelle que vous avez des cuisses.
En bas, un rideau d'eau tombe d'une soixantaine de mètres dans un vacarme permanent, et l'air y est saturé d'embruns. On peut se baigner, mais pas juste sous la chute, le courant y est trop violent et des cordes délimitent la zone sûre. Je me suis mis un peu en aval, dans un bassin plus calme, entre deux gros rochers. L'eau était glaciale. Vraiment froide, du genre qui coupe la respiration les premières secondes, ce qui surprend toujours sous ces latitudes. J'y suis resté dix minutes, le temps de me réveiller pour de bon, et je suis remonté grelottant et content. Un conseil que j'aurais aimé qu'on me donne, allez-y tôt le matin. Vers dix heures les bus déversent leur monde et le petit bassin ressemble à une piscine municipale un jour d'été.
Les sources chaudes, le luxe et la rivière
Le soir venu, après une journée à crapahuter, il y a un rituel dont on ne se lasse pas. Les sources chaudes de l'Arenal. Le volcan chauffe les nappes souterraines, et l'eau ressort brûlante un peu partout dans la région. Deux écoles s'affrontent, et j'ai testé les deux.
D'un côté, les complexes payants. Des jardins tropicaux aménagés avec des dizaines de bassins de températures différentes, des bars les pieds dans l'eau, des toboggans pour certains, une lumière tamisée le soir. C'est chic, c'est confortable, et franchement c'est agréable de se laisser flotter dans une eau à trente-huit degrés pendant que la nuit tombe sur la forêt. Ça coûte cher, l'entrée d'une journée peut représenter un vrai poste dans un budget de routard. Certains incluent le dîner en buffet, ce qui adoucit un peu la note.
Le Rio Chollín, gratuit et brut
De l'autre côté, il y a le secret le moins bien gardé de la région, la rivière du Rio Chollín. Une source chaude naturelle, en plein air, sous un pont, où l'eau du volcan coule à ciel ouvert et gratuitement. On se gare sur le bas-côté, on descend un petit sentier de terre, et on se glisse dans le courant chaud entre les galets. Aucun aménagement, pas de vestiaire, pas de lumière. Juste des ticos et des voyageurs assis dans l'eau, une bière fraîche posée sur une pierre, les grillons partout. J'y suis allé deux soirs de suite. La chaleur de l'eau varie selon l'endroit où l'on se pose, et il faut chercher son coin. Attention quand même, l'endroit est isolé et sombre le soir, laissez vos affaires de valeur à l'hôtel et venez à plusieurs. Mais pour l'ambiance, rien ne remplace ce bain de rivière sous les étoiles.
Une eau à trente-huit degrés, la nuit tropicale par-dessus, et les jambes qui se dénouent après huit heures de marche. C'est là que j'ai compris ce que voulait dire pura vida.Rémi Ballester
Ponts suspendus, tyroliennes et descentes en eau vive
La région déborde d'activités, et c'est bien pour ça qu'on plante sa tente ici. Les ponts suspendus d'abord, ces longues passerelles métalliques tendues au-dessus des ravins de la forêt, à hauteur de canopée. On marche là-haut au milieu des cris d'oiseaux, parfois un toucan traverse, et par temps clair le volcan apparaît entre deux frondaisons. C'est accessible, tranquille, ça se fait en famille sans problème.
Plus musclé, le canopy et ses tyroliennes. On s'accroche à un câble d'acier et on file au-dessus du vide d'un arbre à l'autre, harnais aux fesses, le vent qui siffle. J'avais un peu les jambes molles au premier départ, je l'avoue, et puis on prend goût à la vitesse. Certaines lignes font plusieurs centaines de mètres.
Et puis l'eau. Le Rio Balsa et le Rio Sarapiquí offrent des descentes en rafting selon les niveaux, des rapides joueurs sans être terrifiants pour les premiers, plus costauds pour le second. J'ai fait le Balsa un matin où il avait bien plu la veille, la rivière était gonflée, brune, énergique. On a chaviré une fois, tout le monde a ri, on a récupéré les pagaies en aval. Trempé, boueux, hilare. Voilà le genre de matinée qu'on vient chercher.
Il y a aussi la marche au pied du volcan lui-même, sur les anciennes coulées de lave durcie du parc national. On grimpe sur des champs de roches noires figées, avec le cône massif juste au-dessus et la forêt qui a repris ses droits entre les blocs. Depuis un point de vue en hauteur, on domine la vallée et le lac. J'y suis monté un matin où les nuages jouaient à cache-cache avec le sommet, et j'ai attendu, patient, qu'ils se déchirent une minute. Ils l'ont fait. C'est le genre de récompense qu'on ne commande pas, on l'attend.
| Activité | Type | Durée | Pour qui |
|---|---|---|---|
| Cascade de La Fortuna | Marche et baignade | Demi-journée | Tous, bonnes jambes pour la remontée |
| Ponts suspendus | Randonnée douce en canopée | 2 à 3 heures | Familles, contemplatifs |
| Canopy tyroliennes | Sensations | Demi-journée | Amateurs de vitesse, dès l'adolescence |
| Rafting Rio Balsa | Eau vive niveau abordable | Demi-journée | Débutants et familles sportives |
| Rafting Rio Sarapiquí | Eau vive plus soutenue | Journée | Ceux qui veulent des rapides |
| Sources chaudes | Détente | Fin de journée | Tout le monde, après l'effort |
Manger un casado sans se ruiner
La rue principale aligne les restaurants à touristes, pizzas et burgers à prix gonflés, jolies terrasses et menus en anglais. On peut mieux faire. En s'écartant d'une ou deux rues, on tombe sur les sodas, ces petites cantines familiales où l'on mange le vrai plat du pays, le casado. Un casado, c'est une assiette généreuse, riz, haricots noirs, salade, banane plantain frite, et une viande ou du poisson selon le jour. Ça cale un randonneur pour l'après-midi entière.
Ma cantine préférée était tenue par une tica qui ne parlait pas un mot d'anglais et qui m'a resservi du riz sans que je demande, en riant de mon espagnol de survie. Le midi, une bonne partie des ouvriers et des guides mangent là, ce qui est toujours bon signe. Pour boire, un refresco, ces jus de fruits frais mixés avec de l'eau ou du lait, souvent de la papaye ou de la mangue. Le soir, la ville s'anime un peu, quelques bars, de la musique, une ambiance bon enfant. Rien de fou, on n'est pas là pour la fête, mais après une journée dehors on n'en demande pas tant.
Un dernier réflexe qui m'a servi, garder un peu de temps pour les à-côtés. Un marché de producteurs le week-end, une balade sans but dans les rues transversales, une glace à la papaye achetée à une échoppe. La Fortuna se laisse aussi vivre au ralenti, entre deux excursions, et ces moments creux comptent autant que les grandes sorties. On croise des voyageurs de partout, on échange des tuyaux, on note un nom de soda sur un bout de papier. C'est comme ça que se construit un séjour, un conseil après l'autre.
Rejoindre Monteverde par le lac
Voilà le petit tour de magie logistique que tout le monde finit par faire. Relier La Fortuna à Monteverde, la forêt de nuages, par la route classique, c'est un détour interminable autour de la vallée, des heures de piste. Alors on prend le jeep-boat-jeep. Un van vous récupère à l'hôtel, vous conduit jusqu'aux rives du lac Arenal, immense retenue d'eau au pied du volcan. Là on embarque sur un bateau qui traverse le lac dans sa longueur, le volcan qui rapetisse derrière vous, les collines vertes qui défilent. À l'autre bout, un second van vous attend et grimpe vers Monteverde.
Comptez une demi-journée, transferts compris, et c'est de loin le trajet le plus agréable. La traversée en bateau à elle seule vaut le déplacement, avec un peu de chance vous verrez des oiseaux le long des berges. Ça se réserve dans n'importe quelle agence du village la veille pour le lendemain. Pour tout le reste des déplacements dans le pays, les bus locaux, les navettes touristiques et la location de voiture, j'en parle plus longuement dans mon guide des transports au Costa Rica, parce que le sujet mérite qu'on s'y attarde avant de partir.
Alors, on s'y arrête ou pas ?
Oui, sans hésiter. La Fortuna ne se donne pas des airs, elle est ce qu'elle est, un point d'appui où l'on dort, où l'on mange, d'où l'on rayonne. Trois ou quatre nuits suffisent à faire l'essentiel, la cascade, une ou deux activités, les sources chaudes plusieurs soirs. On repart les jambes lourdes et la tête pleine de vert. Et si vous enchaînez sur Monteverde par le lac, vous garderez ce trajet en mémoire longtemps après avoir oublié le nom des restaurants. Pura vida, littéralement la vie pure, ça se vit très bien depuis ce carrefour au pied du volcan.
Teste-toi
Quel est le moyen le plus agréable de rejoindre Monteverde depuis La Fortuna ?
Questions fréquentes
Trois ou quatre nuits m'ont suffi pour l'essentiel : la cascade, une ou deux activités et les sources chaudes plusieurs soirs. On peut y passer moins si on court, mais ce serait dommage de repartir sans un vrai bain de rivière.
La descente ne pose aucun souci, c'est la remontée des cinq cents et quelques marches qui rappelle qu'on a des cuisses. Prévoyez de bonnes chaussures et allez-y tôt, avant que les bus ne remplissent le bassin.
Oui, dans la rivière du Rio Chollín, une source naturelle en plein air sous un pont. C'est brut, sans aménagement et sombre le soir, alors venez à plusieurs et laissez vos objets de valeur à l'hôtel.
Le Rio Balsa convient aux débutants et aux familles sportives, avec des rapides joueurs. Le Rio Sarapiquí est plus soutenu et occupe la journée entière, pour ceux qui veulent des sensations plus fortes.