
Nature & aventure · Parcs
Rincón de la Vieja
En bref
- Le Rincón de la Vieja est un volcan actif du Guanacaste entouré de fumerolles, de marmites de boue bouillonnante et d'un petit geyser, surtout dans le secteur de Las Pailas.
- La boucle des fumerolles se fait à plat en 2 à 3 h, tandis que la cascade La Cangreja demande une demi-journée de marche en forêt sèche.
- Le sentier du sommet et son cratère sont souvent fermés à cause de l'activité volcanique : mieux vaut se renseigner la veille.
- Autour du parc, les lodges proposent sources chaudes et bains de boue, la vraie récompense après la marche.
La première chose qui m'a accueilli au Rincón de la Vieja, ce n'est pas le volcan. C'est l'odeur. Un matin de novembre, à peine sorti de la voiture sur le parking de Las Pailas, une bouffée de soufre m'a pris à la gorge, cette odeur d'œuf oublié qui colle au fond du nez et qu'on n'oublie plus. Le sol fumait un peu, là, entre les arbres. Il faisait déjà chaud, un air sec de Guanacaste, très loin de la moiteur des forêts du Sud. J'ai compris tout de suite que je marchais sur quelque chose de vivant.
Le parc porte un joli nom, le coin de la vieille. Une légende de sorcière qui vivrait dans le cratère, m'a raconté le gardien à l'entrée, moitié sérieux moitié amusé. Ce que j'ai trouvé, moi, c'est un des rares endroits où la Terre travaille sous vos pieds pendant que vous randonnez, sans écran, sans barrière trop épaisse, juste vous et la boue qui glougloute.
Un volcan qui respire par tous les pores
Le Rincón de la Vieja, c'est un massif volcanique du nord-ouest, dans la province de Guanacaste, côté Pacifique. Le cône lui-même culmine assez haut, mais on ne le voit pas toujours, souvent noyé dans les nuages qui se coincent sur les flancs. Ce qui rend l'endroit particulier, ce n'est pas le sommet. C'est tout ce que le volcan recrache en contrebas.
Le secteur de Las Pailas, celui que la plupart des visiteurs parcourent, est une petite boucle qui traverse un champ de phénomènes géothermiques. Pailas veut dire les marmites, et le mot est bien choisi. On avance sur un sentier ordinaire de forêt sèche, et d'un coup, au détour d'un pont de bois, le sol se met à fumer. Des fumerolles sifflent doucement par des trous dans la roche. Un peu plus loin, une mare de boue grise bout à gros bouillons, ploc, ploc, comme une soupe qu'on aurait oubliée sur le feu. Il y a même un mini geyser qui crache par intermittence, rien de spectaculaire, mais entendre l'eau projetée juste à côté de vos pieds, ça marque.
J'ai passé un bon moment planté devant les marmites de boue. On reste là, bêtement, à regarder les bulles éclater. Ça sent le soufre, la vapeur monte, et on se surprend à parler moins fort, comme si on ne voulait pas déranger la bête. Les passerelles tiennent les curieux à distance, ce qui est aussi bien, parce que la boue là-dedans tourne autour de la température où l'on cuit un œuf.
Ce qui m'a plu, c'est que le parc ne théâtralise rien. Pas de son et lumière, pas de barrière en plexi. Juste des panneaux de bois qui rappellent de ne pas s'écarter du sentier, et pour cause : la croûte qui recouvre certaines zones est fine, et on lit parfois des histoires de visiteurs qui se sont brûlés en voulant s'approcher pour la photo. Je suis resté sur les passerelles, et ça m'a largement suffi. La vapeur qui sort du sol, l'odeur qui vous suit, le sifflement des fumerolles, on n'a pas besoin d'en faire plus.
La boucle des fumerolles, et les cascades qu'on gagne à la sueur
La boucle de Las Pailas fait un peu moins de quatre kilomètres et se boucle en deux à trois heures si on traîne devant chaque fumerolle, ce qui est fortement conseillé. Le terrain est plat dans l'ensemble, un vrai bonheur après les montées sèches d'autres parcs. On croise un ficus étrangleur énorme, creux à l'intérieur, dans lequel on peut se glisser, et une petite rivière chaude où l'eau sort déjà tiède de la roche.
Si vous avez les jambes et la matinée, le vrai morceau, c'est les cascades. La Cangreja se mérite. Comptez une bonne demi-journée aller-retour, une dizaine de kilomètres, sous un soleil qui ne pardonne pas dès qu'on sort du couvert. Au bout, une chute d'eau qui tombe dans un bassin d'un bleu presque irréel, une couleur laiteuse qu'on doit sûrement aux minéraux. Je m'y suis baigné, l'eau était fraîche, franchement fraîche après la marche, et c'est exactement ce qu'il fallait. Les cascades Escondidas, plus proches, plus courtes, font un bon compromis quand la chaleur a déjà eu votre peau.
Un conseil que j'aurais aimé qu'on me donne : partez tôt. Vraiment tôt. À midi, la forêt sèche cogne et il n'y a pas d'ombre sur les portions découvertes. J'ai vu des gens rebrousser chemin à mi-parcours, rouges, à court d'eau. Emportez plus d'eau que de raison.
On marche sur un sentier tranquille, et soudain le sol fume à vos pieds. Le Rincón, c'est le seul endroit où j'ai eu l'impression de randonner sur le dos d'un animal endormi.Rémi Ballester
Les secteurs et les sentiers, pour s'y retrouver
Le parc a deux entrées principales, Las Pailas et Santa María, éloignées l'une de l'autre. La plupart des visiteurs passent par Las Pailas, plus facile d'accès et plus riche en phénomènes géothermiques. Voici comment je résumerais les options, avec les durées que j'ai relevées sur le terrain, à ajuster selon votre rythme et selon la chaleur.
| Secteur / sentier | Durée aller-retour | Ce qu'on y trouve | Pour qui |
|---|---|---|---|
| Boucle des fumerolles (Las Pailas) | 2 à 3 h | Marmites de boue, fumerolles, petit geyser, ficus étrangleur | Tout le monde, terrain plat |
| Cascade La Cangreja | 5 à 6 h | Longue marche en forêt sèche, bassin bleu laiteux, baignade | Marcheurs endurants, départ matinal |
| Cascades Escondidas | 3 à 4 h | Chutes plus modestes, forêt, moins de monde | Compromis chaleur / effort |
| Sommet du cratère | Variable | Vue sur la lagune acide, quand c'est ouvert | Souvent fermé, se renseigner |
| Secteur Santa María | 2 à 4 h | Sources chaudes en forêt, sentiers plus sauvages | Amateurs de tranquillité |
Le parc ferme un jour par semaine, souvent le lundi, et les horaires d'entrée sont assez stricts, avec un dernier accès en début d'après-midi. Ça bouge selon les saisons, alors vérifiez avant de partir. J'ai croisé un couple arrivé à quatorze heures qui s'est fait refouler, dépités.
Le sommet, cette promesse souvent tenue fermée
Beaucoup arrivent en rêvant de monter au cratère voir la lagune acide qui fume tout là-haut. Il faut le savoir avant : le sentier du sommet est régulièrement fermé. Le volcan reste actif, il a connu des épisodes d'activité ces dernières années, et les autorités barrent l'accès dès que les gaz ou les secousses le justifient. Les deux fois où j'ai voulu monter, c'était non.
Je ne le prends plus mal. Franchement, la partie basse suffit à remplir une journée, et le spectacle géothermique de Las Pailas vaut à lui seul le déplacement. Si vous tenez absolument au cratère, appelez le parc la veille, renseignez-vous sur l'état d'ouverture, et gardez un plan B. La montagne décide, pas nous. Ceux qui veulent vraiment de l'altitude et un sommet à conquérir feraient mieux de viser le Cerro Chirripó, un tout autre monde, plus haut et plus frais.
La forêt sèche et ses habitants
Ce qui m'a surpris, c'est la végétation. On associe le Costa Rica à la jungle dégoulinante, et là, non. Le Guanacaste, c'est la forêt tropicale sèche, une des plus rares du pays. En saison sèche, beaucoup d'arbres perdent leurs feuilles, le sol craque, tout jaunit. Ça donne une lumière particulière, dorée, presque africaine par moments. En saison verte, ça reverdit d'un coup et les fleurs explosent.
Côté faune, j'ai eu ma dose. Des singes hurleurs qui grognent au réveil, une troupe de coatis qui a traversé le sentier en file indienne, museau en l'air, et des oiseaux partout, dont un motmot qui balançait sa queue comme un pendule. Les serpents existent aussi, alors je regarde où je pose les pieds et je ne mets pas les mains n'importe où dans les creux d'arbre. Rien de dramatique, juste du bon sens de randonneur.
Le parc est moins couru que les grands noms du pays. On y croise du monde sur la boucle des fumerolles, moins sur les cascades, presque personne dans le secteur de Santa María. Pour qui veut du calme et de la nature brute, c'est une bonne pioche. Si vous cherchez d'autres merveilles géologiques du coin, le Rio Celeste et sa rivière bleu turquoise ne sont pas si loin, sur la même veine volcanique.
Le secteur de Santa María mérite un mot. Il est plus difficile d'accès, la piste est cabossée, et beaucoup l'ignorent pour cette raison. J'y suis allé un après-midi où Las Pailas était trop bondé à mon goût, et j'ai marché deux heures sans croiser âme qui vive. On y trouve aussi des sources chaudes en pleine forêt, plus sauvages, et un ancien secteur de plantations qui rappelle que le coin a une histoire agricole. C'est le genre d'endroit où l'on entend le vent dans les feuilles sèches et rien d'autre. Si le silence en pleine nature vous parle, c'est là qu'il faut aller.
Sources chaudes et bain de boue, la vraie récompense
Voilà mon meilleur souvenir du Rincón, et il n'est pas dans le parc. Autour du volcan, plusieurs lodges et centres thermiques exploitent la chaleur du sous-sol. On y trouve des piscines d'eau volcanique chaude, des bassins de boue minérale où l'on se badigeonne comme un enfant dans une flaque, et parfois de petits saunas naturels alimentés par les fumerolles.
Après une journée de marche, s'enfoncer dans une source chaude, la peau encore poussiéreuse et les mollets en vrac, c'est une bénédiction. On se tartine de boue grise, on laisse sécher au soleil, ça tire un peu sur la peau, et on rince dans le bassin suivant. Je suis ressorti de là comme neuf. Certains endroits sont assez rustiques et bon marché, d'autres franchement aménagés et plus chers, alors demandez avant, ça va du bain sauvage au spa complet. Comptez large sur le budget si vous visez les grands lodges.
Cette combinaison marche plus baignade thermale, on la retrouve ailleurs au pays, notamment du côté de La Fortuna où j'ai adoré les sources chaudes de l'Arenal. Au Rincón, c'est plus discret, moins touristique, et l'ambiance forêt sèche donne un cachet à part.
Quand y aller, et comment s'organiser
Le Guanacaste est la région la plus sèche et la plus chaude du Costa Rica. La saison sèche, grosso modo de décembre à avril, offre des sentiers praticables et un ciel dégagé, mais une chaleur qui tape fort à midi. La saison verte reverdit tout, avec des averses souvent l'après-midi, et il y a nettement moins de monde. Pour caler tout ça selon vos dates, jetez un œil à mon topo sur le meilleur moment pour partir au Costa Rica.
Concrètement, prévoyez une voiture. Les entrées du parc se rejoignent par des pistes, et sans véhicule on dépend d'excursions organisées depuis Liberia ou les plages voisines. La ville de Liberia, avec son aéroport international, sert de base logique : on peut y dormir la veille et attaquer le parc au petit matin, à une petite heure de route. Depuis les plages du Guanacaste, comptez un peu plus, et une route qui finit en piste sur les derniers kilomètres. Une casquette, de la crème solaire, des chaussures qui tiennent la cheville et beaucoup d'eau. Un maillot dans le sac, aussi, pour la baignade sous les cascades et le bain thermal du soir.
Un dernier point sur l'eau, parce que j'insiste et j'ai mes raisons. La forêt sèche ne pardonne pas la déshydratation, et j'ai croisé trop de monde parti avec une petite bouteille pour une marche de cinq heures. Deux litres par personne, au minimum, plus si vous visez La Cangreja. Prévoyez aussi de quoi grignoter, parce qu'il n'y a pas de buvette une fois passé l'entrée. On est vraiment dans la nature, et c'est justement ce qu'on vient y chercher.
Si je devais résumer une journée idéale : entrée à l'ouverture, boucle des fumerolles au frais, puis les cascades tant que les jambes suivent, retour avant que la chaleur ne casse tout, et le bain de boue en récompense quand le soleil descend. Le soufre dans le nez, la boue qui glougloute, la source chaude à la fin. C'est ça, le Rincón de la Vieja, et c'est resté planté dans ma mémoire bien plus fort que je ne l'imaginais.
Teste-toi
Pourquoi le sentier du sommet du Rincón de la Vieja est-il souvent fermé ?
Questions fréquentes
Rarement. Le sentier du cratère est régulièrement fermé à cause de l'activité volcanique. Les deux fois où j'ai voulu monter, c'était non : renseignez-vous au parc la veille et gardez un plan B.
Une journée bien remplie suffit. La boucle des fumerolles de Las Pailas prend 2 à 3 h à plat, et si vous ajoutez une cascade comme La Cangreja, comptez la matinée entière avant que la chaleur ne cogne.
Oui, mais surtout autour du parc, dans les lodges et centres thermiques qui exploitent la chaleur du sous-sol. On y trouve des piscines chaudes et des bains de boue minérale, parfait après la marche.
La saison sèche, de décembre à avril, donne des sentiers praticables mais une forte chaleur à midi. La saison verte reverdit tout avec des averses l'après-midi et bien moins de monde.