Nature & aventure · Aventure & surf

Le surf au Costa Rica

IMG hero (Nano Banana) : surfeuse au lever du jour sur une plage du Pacifique costaricien, planche sous le bras, mer lisse et lumière dorée, palmiers en arrière-plan

En bref

Ma première vague prise debout, c'était à Sámara, un matin où l'eau avait la couleur du lait tiède. Je suis restée debout trois secondes, peut-être quatre, les bras en croix comme un épouvantail, et j'ai crié toute seule au milieu de la baie. La planche en mousse tanguait sous mes pieds, mes genoux cognaient l'un contre l'autre, et j'ai bu la tasse juste après. Ces trois secondes, je les ai encore dans le corps. Le Costa Rica fait ça aux gens, il attrape une trouillarde de la vague et la relève avant le soleil, jour après jour.

Ce pays, c'est deux côtes, deux océans, et de la houle presque tous les mois de l'année. Le Pacifique d'un côté, long et généreux, avec des plages qui vont du bac à sable pour débutants aux gauches interminables réservées aux durs. Les Caraïbes de l'autre, plus courtes, plus secrètes, avec un récif qui casse des vagues à faire pâlir un habitué. J'ai passé des semaines à glisser d'un spot à l'autre, cahier des marées dans la poche et sable partout, et je vais essayer de vous raconter où poser sa serviette selon ce que vos bras savent faire.

Pourquoi on surfe ici toute l'année

La chance du Costa Rica, c'est sa géographie. Une langue de terre étroite entre deux masses d'eau, avec un relief qui découpe le vent et des plages orientées dans tous les sens. Résultat, il y a presque toujours un coin où ça marche. Quand le Pacifique s'endort, on file vers un point plus exposé. Quand la pluie noie une côte, l'autre reste au sec. J'ai vu des gens débarquer sans savoir nager le crawl et repartir dix jours plus tard capables de rester debout jusqu'au bord. Ce n'est pas magique, c'est juste que la mer laisse le temps d'apprendre.

L'autre atout, c'est l'eau chaude. Pas de combinaison intégrale, pas de doigts gourds. On entre en short ou en lycra, on ressort quand la faim ou les épaules le disent. Les journées se calquent sur les marées: session au lever, casado à midi dans une soda du coin, sieste, et parfois une deuxième glisse quand la lumière tombe. J'ai fini par aimer ce rythme bête et sain, réglé sur l'océan plutôt que sur la montre.

Sept heures du matin, la mer pour nous seuls · IMG : plage du Pacifique nord au lever du jour, quelques surfeurs en ombre chinoise dans l'eau, palmiers, lumière dorée rasante

Les spots où l'on apprend sans se faire peur

Si vous n'avez jamais posé les pieds sur une planche, visez le sable, les vagues qui roulent doucement et les écoles qui pullulent. Tamarindo, dans le Guanacaste, reste mon premier conseil un peu bêtement. C'est touristique, ça grouille, mais la longue plage pardonne les erreurs et l'ambiance donne confiance. On y trouve une école tous les vingt mètres, des planches en mousse pour tout le monde, et une vague de bord idéale pour les premières mises en jambes. J'y ai passé ma première semaine, à tomber cent fois et à en rire.

Un peu plus au sud, Sámara protège sa baie derrière un récif, ce qui casse la houle et laisse une eau presque calme la plupart des matins. C'est là que j'ai tenu debout la première fois, et je ne suis pas la seule: le village a une réputation de nurserie à surfeurs. Plus loin, Nosara et sa Playa Guiones offrent une plage immense, un beach break régulier et une eau qui reste surfable même quand ça forcit ailleurs. Les moniteurs y sont patients, le sable est mou sous les pieds, et le coin garde une âme un peu yoga qui calme les nerfs.

Et puis il y a Jacó, la plus accessible depuis San José, à un peu plus d'une heure de route. Grande plage, beaucoup de monde, des vagues qui vont du très facile au correct selon l'endroit où l'on rame. Ce n'est pas le spot le plus joli du pays, mais pour un premier contact ou un week-end express, il fait le travail. Les débutants s'y sentent rarement perdus.

Quand les bras réclament du sérieux

Une fois qu'on tient debout et qu'on prend ses vagues tout seul, l'envie change. On veut des murs d'eau plus francs, des sessions plus longues, un peu de frisson. Santa Teresa, à la pointe de la péninsule de Nicoya, coche toutes les cases: des beach breaks puissants et réguliers, une eau claire, et un village qui vit au rythme des surfeurs du monde entier. J'y ai vu des niveaux intermédiaires progresser vite, et des confirmés se régaler sur les sections plus creuses. C'est mon coup de cœur pour cette bascule entre débutant et bon surfeur.

Plus au sud, Dominical tape fort. La vague y est rapide, souvent grosse, et le courant sait rappeler à l'ordre. Ce n'est pas un spot d'apprentissage, mais pour qui a déjà de la bouteille, les sessions valent la fatigue. J'y ai regardé plus que je n'ai ramé, honnêtement, un café glacé à la main, épatée par le sang-froid des locaux.

Les vagues de légende, pour surfeurs aguerris seulement

Deux noms reviennent dans toutes les conversations de fin de journée. Pavones, tout au sud près de la frontière panaméenne, déroule une des plus longues gauches de la planète: quand la houle rentre, on peut tenir une vague plusieurs centaines de mètres, jusqu'à en avoir les cuisses en feu. L'accès est long, l'endroit est loin de tout, et c'est peut-être ce qui le garde aussi pur. Playa Hermosa, juste à côté de Jacó, offre des tubes rapides et exigeants qui filtrent naturellement les prétendants.

Côté Caraïbes, Salsa Brava, à Puerto Viejo, joue dans une autre catégorie. C'est une vague de récif, courte, creuse, cassante, qui déferle sur du corail peu profond. Les experts en parlent avec des étoiles dans les yeux et des cicatrices sur les tibias. Je l'ai regardée depuis la plage, un après-midi de janvier, et je peux vous dire que le bruit qu'elle fait en cassant vous cloue sur place. Ce n'est pas un endroit où l'on improvise.

Où poser sa serviette selon son niveau

Pour s'y retrouver, j'ai fini par me faire une petite carte mentale des spots. La voici, avec le niveau que je conseille, la côte et la période où ça marche le mieux. Rien de gravé dans le marbre, la mer décide toujours, mais ça donne une base pour choisir.

SpotNiveauCôteMeilleure période
TamarindoDébutantPacifique nordToute l'année, plus gros de déc. à mars
SámaraDébutantPacifique nordBaie calme presque tout le temps
Playa Guiones (Nosara)Débutant à intermédiairePacifique nordRégulier toute l'année
JacóDébutant à intermédiairePacifique centralToute l'année, accès facile
Santa TeresaIntermédiairePacifique (Nicoya)Avr. à oct. pour la houle
DominicalConfirméPacifique sudMai à nov., houle sud
Playa HermosaConfirméPacifique centralAvr. à oct.
PavonesConfirmé à expertPacifique sudHoule sud, avr. à oct.
Salsa Brava (Puerto Viejo)ExpertCaraïbesDéc. à mars surtout
La gauche de Pavones, à perte de vue · IMG : longue vague gauche déroulant le long d'une côte sauvage du Pacifique sud, jungle en arrière-plan, un surfeur minuscule sur la ligne

Deux côtes, deux calendriers de houle

C'est le truc qui m'a pris du temps à comprendre, alors je vous le passe simplement. Le Pacifique reçoit ses meilleures houles pendant la saison verte, en gros de mai à novembre, quand les dépressions du sud envoient de l'énergie vers le nord. Ça tombe pile pendant ce qu'on appelle ici la saison des pluies, mais les averses arrivent souvent l'après-midi: on surfe le matin au sec et on se met à l'abri quand le ciel craque. Pour caler ça avec le reste de votre séjour, le sujet du meilleur moment pour partir mérite un vrai coup d'œil.

Les Caraïbes fonctionnent à l'envers. Leur fenêtre forte se situe plutôt de décembre à mars, quand les tempêtes d'hiver de l'Atlantique nord réveillent le récif de Puerto Viejo. Le reste de l'année, ce côté peut rester plat des jours entiers. Donc si vous rêvez de Salsa Brava, ce n'est pas la même valise que pour Pavones. J'ai croisé des voyageurs déçus d'avoir visé la mauvaise côte au mauvais mois, alors autant le savoir avant.

École le matin, planche louée, respect du line-up

Pour débuter, je ne connais pas mieux que le cours du matin. On arrive à l'école vers sept heures, la mer est lisse, il y a moins de monde, et le moniteur vous pousse dans les vagues jusqu'à ce que ça rentre. Comptez large sur le budget, ça bouge selon les endroits et la saison, mais un forfait de plusieurs séances revient toujours moins cher qu'une leçon à l'unité. La plupart des écoles prêtent la planche, le lycra et la crème, et beaucoup filment la session pour vous montrer vos erreurs au déjeuner.

Une fois autonome, la location devient votre amie. On trouve des planches à louer à la journée ou à la semaine dans presque tous les villages de surf, du longboard mousse au shortboard rincé par le sel. Un conseil que j'aurais aimé recevoir plus tôt: prenez plus gros et plus flottant que votre ego ne le voudrait, vous prendrez plus de vagues et vous progresserez plus vite. Le matériel de frimeur, ça attend.

Les règles qu'on n'affiche nulle part

Le line-up, cette zone où l'on attend les vagues, a ses codes, et personne ne vous les explique gentiment. La priorité va au surfeur le plus proche de l'endroit où la vague casse. On ne rame pas dans les pieds de quelqu'un déjà lancé. On ne squatte pas le pic quand on débute, on se met un peu à l'écart. J'ai reçu quelques regards noirs à mes débuts, mérités, et j'ai appris à sourire, à m'excuser et à laisser passer. Les locaux sont chaleureux tant qu'on reste humble. Le pura vida, cette façon tica de prendre la vie sans se prendre au sérieux, marche aussi dans l'eau, à condition de respecter ceux qui étaient là avant.

La mer ne t'offre rien, elle te prête une vague. La moindre des choses, c'est de la rendre en souriant.Manon Estibal

Les courants, ce dont on parle trop peu

On vend le surf comme une carte postale, mais la mer du Costa Rica a du caractère. Les courants d'arrachement, ces couloirs d'eau qui tirent vers le large, existent sur beaucoup de plages, y compris celles qu'on croit tranquilles. J'ai été prise dedans une fois à Dominical, un début d'après-midi, et j'ai compris pourquoi on répète de ne jamais lutter de face. On se laisse porter, on rame parallèle à la plage jusqu'à sortir du couloir, puis on revient. Facile à écrire, moins facile quand le cœur s'emballe.

Quelques réflexes m'ont sauvée plus d'une fois. Demander l'état de la mer aux locaux ou à l'école avant d'entrer. Ne jamais surfer seule sur un spot désert. Garder un œil sur un point fixe à terre pour sentir si l'on dérive. Et renoncer sans honte quand ça dépasse son niveau, ce que j'ai fait souvent, sans regret. Pour le reste des précautions de voyage, du sac de plage aux petits vols d'opportunité, j'en parle plus en détail dans mes notes sur la sécurité sur place. La mer reste la plus belle des maîtresses, tant qu'on ne la prend jamais de haut.

Composer sa semaine, d'un village à l'autre

Le vrai plaisir, c'est de faire migrer son sac d'un village à l'autre au fil des jours, et de sentir son niveau bouger avec le décor. Ma semaine idéale ressemble à ça: trois ou quatre jours à Tamarindo pour l'école et la confiance, puis on descend sur Sámara pour surfer en autonomie dans une eau douce. Ensuite, cap sur la péninsule de Nicoya et Santa Teresa, la route est cabossée, la poussière colle à la peau, mais l'arrivée récompense. On peut couper par le ferry qui traverse le golfe depuis Puntarenas, un moment suspendu avec les frégates au-dessus du bateau. Chaque étape ajoute une pièce au puzzle.

Côté logistique, ne vous compliquez pas la vie. On loue une planche dans chaque village plutôt que de la trimballer dans les bus locaux, où elle finit toujours par gêner quelqu'un. Une petite appli de marées et un coup d'œil aux prévisions de houle la veille suffisent à savoir s'il faut se lever tôt ou traîner au lit. Gardez de la marge dans votre planning, parce qu'un spot qui marche fort donne envie de rester un jour de plus, et parce que la route entre deux plages prend souvent plus longtemps que la carte ne le promet. Le sel finit par tout envahir, le sac, les cheveux, le carnet. On s'y fait, et ça devient même agréable.

Un dernier truc: ne négligez pas les jours sans vagues. Ils existent, surtout hors saison de houle. J'en ai profité pour dormir, lire dans un hamac et goûter tous les casados du village, en écoutant les locaux qui, entre deux sessions, racontent volontiers leurs coins préférés. Le surf, ici, déborde largement de l'eau.

Fin de session, les jambes en coton et le sourire idiot · IMG : surfeuse souriante sortant de l'eau avec sa planche sous le bras, plage tropicale, fin d'après-midi, gouttes d'eau et cheveux mouillés

Ce que le surf m'a laissé, ici

Je ne suis pas devenue une grande surfeuse, loin de là. Je tombe encore, je rate des vagues faciles, je me fais doubler par des gamins de dix ans. Mais le Costa Rica m'a donné le goût de me lever avant l'aube pour l'eau, cette envie de recommencer même après une session ratée. On passe d'un spot à l'autre comme on tourne les pages d'un livre, Tamarindo pour apprendre, Sámara pour se rassurer, Santa Teresa pour se tester, et un jour, peut-être, le courage d'aller regarder Salsa Brava de plus près. Le pays s'y prête, la mer y invite, et le reste vient tout seul, une vague après l'autre.

Teste-toi

Vous débutez et vous cherchez une baie calme pour tenir debout la première fois. Où allez-vous ?

Questions fréquentes

Ça dépend de la côte. Le Pacifique reçoit ses plus belles houles de mai à novembre, pendant la saison verte, avec des matins souvent au sec. Les Caraïbes marchent plutôt de décembre à mars.

Oui, c'est même l'un des meilleurs endroits pour ça. Les plages de sable comme Tamarindo, Sámara ou Nosara pardonnent les erreurs, et les écoles avec cours du matin poussent dans les premières vagues.

Inutile de trimballer la vôtre. On loue des planches à la journée ou à la semaine dans presque tous les villages de surf. Pour progresser, prenez plus gros et plus flottant que votre ego ne le voudrait.

La mer a du caractère et les courants d'arrachement existent partout. On demande l'état de la mer avant d'entrer, on ne surfe jamais seule sur un spot désert, et on renonce sans honte si ça dépasse son niveau.